Mes premiers pas en Trail

Course: Trail de la Galinette
Distance : 46Km
Dénivelé positif : 2500m de D+

Après m’être essayé à toutes les distances « classiques » sur route, l’envie de goûter au « Trail » me trottait depuis un moment. C’est en regardant le résumé de l’UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc) il y a quelques mois, que je me suis dit « ces mecs sont fous… Mais ça a l’air génial ^^ »

3 jours plus tard, je m’inscrivais à mon premier trail (ouais… Il va quand même falloir que je me fasse soigner un jour #impulsivité ^^).
Après avoir épluché le calendrier des trails de la région, mon choix s’oriente vers le « Trail de la Galinette ». Trois parcours possibles, avec des niveaux de difficultés différents.

La Petite Galinette => 10,6km avec 526m de D+
La Brèche du Mont Julien => 25,3km avec 1240m de D+
Les Drailles de la Galinette => 46km avec 2500m de D+

J’ai longtemps hésité entre les deux derniers, mais après réflexion je voulais m’attaquer à un « vrai » défi qui me pousserait dans mes derniers retranchements. Sauf que, étant complétement novice en trail, je n’avais pas la moindre idée de ce dans quoi je m’embarquais …
En avril 2017 j’ai couru mon premier Marathon (Paris). Au mois d’Août, j’ai une nouvelle fois parcouru 42km lors de mon IRONMAN à Hambourg, puis j’ai plus récemment battu mon record sur cette distance à Nice lors du Marathon des Alpes Maritimes en Novembre dernier.

Marathonien par trois fois en 2017, il fallait bien que 2018 commence par un défi à la hauteur ^^
C’était tout vu, « Les Drailles de la Galinette » sera donc mon premier challenge de cette nouvelle année. Aller plus loin que le kilomètre 42 et découvrir un autre monde de la course à pied, voilà ce qui m’attirait.

Pendant ma préparation je n’ai rien changé à ma routine d’entrainement. Je courrai beaucoup, entre 60 et 70 km/semaine. Mais toujours sur route, en suivant les contenus de séances habituelles qui m’avaient permis de « perfer » et de remplir mes objectifs sur mes courses en 2017 (fractionnés/sorties longues/fartlek).
Pourquoi changer une méthode qui a fait ses preuves ? De toutes façons cela reste de la course à pied, ce sera juste un peu plus long…

Vous l’aurez compris, j’ai pris la préparation de ce trail complètement à la légère et la sanction ne tarderait pas à me tomber dessus. Pas une seule fois j’ai entrepris d’aller courir ne serait-ce que dans la colline. J’ai fait un peu plus de dénivelé que d’habitude à l’entrainement, mais toujours sur route en restant dans mon petit confort. Quand j’y repense je ne comprends toujours pas comment j’ai pu être aussi négligent. Moi qui suis d’habitude très rigoureux…  J’ai complètement sous estimé cette discipline qui était totalement inconnu pour moi.
Durant la dernière semaine de « préparation » Je prends le temps de lever le pied sur les séances. Je m’hydrate méticuleusement, La veille de la course je me sens bien, le plein d’énergie est fait, j’ai hâte d’enfiler mon premier dossard de l’année pour en découdre.

Préparation du matériel spécifique :

Le trail nécessite un équipement un plus complet que lors d’un Marathon. Même si j’ai l’habitude de m’équiper pour accomplir de longues distances (alimentation/hydratation/crème anti-frottement), je dois me munir d’un sac (gilet) d’hydratation type trail avec beaucoup de rangements pour le matériel obligatoire et au moins 1L de stockage en eau.

Il faut également avoir sur soi :

– Couverture de survie
– Sifflet
– Equipement de pluie
– Gobelet (pour les ravitaillements car pas de bouteilles d’eaux, les bénévoles peuvent seulement remplir nos contenant)
– Réserve alimentaire

Mon matériel est prêt, mes chaussures de trail également (même si je ne les ai pas vraiment testé en conditions réelles…), demain c’est jour de course ! Je ne tiens plus en place ^^

 

Race Day, Dimanche 28 janvier
« En route vers l’inconnu »

5h du matin le réveil sonne, petit dej’ de course et rituel habituel. Je commence à être rodé ^^

En route vers le départ au petit village de « Cadolive » 45 minutes de voiture pour s’y rendre. Je ne connais pas du tout le coin. Avec Karen nous arrivons pile poil 5 minutes avant le départ, heureusement que je suis « prêt » pas le temps de stresser !
Un baisé volé et me voilà sur la ligne de départ. L’atmosphère est un peu différente d’une course route classique. Bon, déjà nous sommes à peine plus de 300 concurrents (ça change des marathon et des ironman) et tout le monde semble très détendu.

J’ai l’air d’être le seul « bleu » quand j’écoute les conversations autour de moi. Je commence à me dire qu’avec aussi peu de concurrents, je peux assez vite me retrouver en queue de peloton si ça se passe mal…

FEU !
Le départ est lancé.

Nous sommes bien loin de l’agitation que j’ai connu sur les départs de marathon où chacun essaie rapidement de se placer en pole position.
Le rythme est loin d’être effréné. Nous sommes encore dans le sous-bois quand je remonte pour me placer en 1ère partie du peloton. Les premières côtes se présentent à nous dans les hauteurs du village de Cadolive, des parcelles à plus de 30%.

Face à ses premières difficultés, quasiment la totalité des concurrents se mettent à marcher. Certes, l’effort est assez violent mais tout de même… On vient à peine de commencer… Un peu de nerfs les gars ^^
Je choisis de continuer à trottiner pour ma part. Marcher me paraît inacceptable à ce niveau là de la course, surtout pour quelqu’un qui vient comme moi de la « route » où les secondes sont si précieuses.

Oui mais là… Tu n’es plus sur la route mon grand. Ma fougue, on ne peut plus présomptueuse allait rapidement se faire rappeler à l’ordre. Pas plus tard qu’au 3ème kilomètre, après avoir enchainé des pentes toutes aussi raides les unes que les autres, mon cardio est déjà dans le rouge !

Bon, il va falloir se calmer parce qu’à cette allure je ne vais pas faire long feu !

Les difficultés s’enchaînent mais les kilomètres sont loin de défiler aussi vite… J’atteins le premier poste de ravitaillement situé au 9ème kilomètre après presque 1H30 de course !  « Ok ! La journée s’annonce très très longue et douloureuse »

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Non non tout va bien je vous assure ^^

1er ravitaillement (9ème km)

J’ai complètement sous-estimé la difficulté de ce genre d’épreuve. Je pensais faire une « sortie longue » en guise de lancement de ma saison 2018 mais c’est en réalité un vrai défi que je m’apprête à relever aujourd’hui. Les montées-descentes continuent de se succéder sans vraiment que je trouve un moment pour récupérer… Le parcours est très technique, cela fait 3 jours qu’il pleut et même si aujourd’hui la météo est beaucoup plus clémente, le sol reste boueux et très glissant. Je ne suis pas à l’aise dans les descentes et ça se voit… Je n’arrête pas de me faire doubler et ça commence vraiment à m’énerver !

Le problème c’est que dès que je tente d’accélérer, je ne passe pas loin de la correctionnelle. A de nombreuses reprises ma cheville s’est retrouvée dans des positions qui n’étaient pas loin de la rupture. Tant pis pour moi, je n’ai pas la technique pour suivre, je dois faire avec tout au long de la course.

J’essaie plus ou moins de me rattraper dès que ça grimpe. Effectivement je remonte pas mal de places lorsque le profil s’élève devant moi. Mais ce n’est pas sans conséquences, je puise énormément dans mes réserves d’énergie alors que la course est loin d’être fini…

Et comme si ça ne suffisait pas, la forte technicité du parcours me force à maintenir un niveau de concentration tel que la fatigue se fait sentir d’autant plus vite.

A 3 km du second ravitaillement, j’ai perdu quasiment toute lucidité, je me sens vidé. Mes réserves d’eau sont à sec et la sensation de soif se fait lourdement ressentir. C’est déjà trop tard, je suis déshydraté…
Le prochain ravito est situé au kilomètre 23, juste après le sommet du Garlaban. Lorsque je l’atteins, je suis loin d’être au top physiquement. Je vois mal comment je vais pouvoir aller au bout de ce trail alors que je n’ai même pas parcouru la moitié.

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Un vrai cabri (ou presque ^^)

2ème ravitaillement (23ème km)

Je prends le temps de me réhydrater et de remplir consciencieusement mes réserves car je ne veux pas faire la même erreur qu’au début de la course.

3 ou 4 minutes plus tard, me voilà reparti, assez inquiet au vu de la distance que je dois encore parcourir…

Les deux prochaines heures de course que je vais vivre ont certainement été les plus dures de la journée. Les crampes commencent à se manifester de plus en plus souvent, que ce soit dans les montées ou les descentes. Je n’ai plus assez de lucidité pour « envoyer » dans les pentes. Il va falloir « finir » tant bien que mal.

Mais le pire dans tout ça, c’est que je suis seul… Seul en introspection avec moi-même depuis plus de 2 heures. Ca n’en finit plus, je veux juste arriver le plus vite possible pour mettre fin à ce calvaire (j’ai l’impression de me revoir au 33ème kilomètre du marathon de Paris, sauf que la douleur est décuplée !).
Je finis par entendre des bruits de cailloux glissant sur le sol non loin derrière moi. Je suis en effet rejoint par un concurrent qui, arrivé à ma hauteur, se calque sur mon rythme, il a l’air aussi exténué que moi.

« Putain c’est dur ! »

Rassuré de voir que je ne suis plus seul dans ma galère, nous continuons la route ensemble. Il est beaucoup plus expérimenté que moi, c’est un vrai « Trailer », il en est à sa 3ème participation à la Galinette et a déjà terminé des trails de plus de 70km.

Quand vient mon tour de parler, j’ai un peu honte de lui confier que la Galinette est ma première expérience en trail.
L’air choqué par ce que je viens de lui annoncer, Il me lance « Ah ouais t’es un peu un malade toi, tu ne t’es pas dit que le parcours était un peu trop dur pour une première fois ? »
(Oui Oui je l’ai remarqué… Mais un peu tard… ^^).

Après sa réaction j’ai volontairement omis de lui dire que je n’avais pas non plus suivi un entrainement spécifique (sinon j’allai me faire lyncher ^^)

Grâce à mon nouveau « copain de galère » le temps passe beaucoup plus vite. On se motive l’un l’autre sur chaque difficulté qui nous fait face. Je suis un peu plus rapide que lui quand ça grimpe et la tendance s’inverse dans les descentes techniques.

A un peu moins de 4km du dernier ravito je suis de nouveau à sec. Je tarde un peu à lui demander de l’eau car j’ai un peu honte de ne pas m’être équipé correctement pour un trail de cette distance… Après plusieurs minutes à tergiverser, je finis par craquer et lui demander un peu de son Camelback. C’est sans hésitation qu’il rempli l’une de mes gourde. Je pense vraiment qu’à ce moment précis il m’a sauvé la mise ! Merci encore à lui pour son aide !

 

Dernier ravitaillement (38ème km)

Nous arrivons enfin au 38ème km qui laisse place au dernier point de ravitaillement. Nos chemins se sépareront juste après. Un bénévole me met en garde sur la dernière partie du parcours.

« Attention c’est loin d’être roulant sur les 8 derniers kilomètres. Il te reste encore 3 grosses côtes à passer alors n’attaque pas trop fort ok !? Garde-en sous le pied »

Euuh comment dire… Pas de risque que ça arrive ^^
ça fait bien longtemps que j’ai dépassé mes limites. Je vais juste tenter de garder le rythme jusqu’au bout.

Je reprends ma route à petite foulée. Je suis de nouveau seul, il reste un peu plus d’une heure de course si j’arrive à maintenir mon allure.

Jusqu’à la ligne d’arrivée je ferai cavalier seul. De retour dans le village de Cadolive je croise un bon nombre de résidents venus soutenir les trailers. mon visage en dit long sur mon état. Les encouragements de ces derniers me font du bien.
« Allez c’est bientôt fini, encore trois virages et ça descend jusqu’à la ligne d’arrivée »
Un geste de la main en signe de reconnaissance. C’est tout ce que je suis capable de faire. Plus que 200 mètres, j’aperçois Karen qui me rejoint et finit la course à mes cotés. Je lance un « j’en peu plus je veux que ça finisse » ça ne sert à rien mais j’avais besoin que ça sorte ^^

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« Stp dis moi que j’ai fini !?? ^^ »

Je franchis la ligne en dessous des 7h de course.
Ça y est, on peut dire que je fais parti du cercle fermé des trailers ^^

Une course d’anthologie qui m’a poussé bien au delà de mes limites. C’est certainement ce que j’étais venu chercher içi. Peut être est-ce la raison qui m’a poussée à m’aligner sur le départ du 46km (plutôt que sur le 25km) alors que je savais pertinemment que je n’avais pas le niveau. Je voulais me mettre en difficulté, on peut dire que c’est chose faite.
Cette épreuve m’aura permis de devenir encore plus fort je l’espère.
Une belle manière de commencer cette année 2018 qui sera pleine de beaux défis 😉

Merci à tous

SEBRunNRide

2 commentaires sur « Mes premiers pas en Trail »

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