J-2 En Route vers Francfort, ou comment se mettre un coup de stress avant la course…
Nous sommes vendredi et il est temps de s’envoler pour l’Allemagne !
Deux grosses valises et une caisse spéciale avec mon vélo dedans.
Marseille-Paris Orly
Paris Orly-Francfort
45 minutes de transfert entre les deux avions à Orly.. Pas de quoi trainer car nous devons traverser la totalité de l’aéroport en navette pour choper le second vol à temps.
Je dis à Karen « Si les bagages arrivent à nous suivre en si peu de temps, c’est un miracle !» Et bien le miracle n’a pas eu lieu … Arrivés à Francfort, ni le vélo, ni les valises n’ont suivi ! Le guichet Air France nous annonce qu’ils arriveront sur un prochain vol, aujourd’hui ou demain. Euh demain ??? C’est un peu la panique, si le vélo arrive demain il sera trop tard pour le déposer dans le parc à vélo qui se trouve à 20km de Francfort.
Bon, de toutes façons, à part attendre, je ne peux rien faire.
Direction l’hôtel en centre ville, où se trouvent la plupart des copains « Sardines » et aussi de nombreux triathlètes. Petit balade et retrait du dossard sur le village Ironman, il fait déjà chaud… On ne traine pas, je vais me réfugier à l’hôtel sous la clim ^^
Camille et Marie nous invitent chez eux pour manger des pâtes complètes, un appartement Airbnb très sympa avec terrasse ombragée. Je ne suis pas très chaud à l’idée de manger au resto pendant 2 jours avant de faire un ironman. Ils me proposeront très gentiment de me joindre également à eux le samedi soir pour un dernier repas chargé en glucides la veille de la course.
Nous rentrons à notre hôtel un peu tard dans la soirée. Bonne nouvelle ! Les affaires sont arrivées ! Je passerai une bonne partie de la nuit à remonter et préparer mon vélo..
J-1 La température monte … La pression aussi !
Aujourd’hui je suis seul. Karen s’est envolée à nouveau ce matin pour se faire un petit aller-retour jusqu’à Toulouse afin d’assister à un mariage. Elle me rejoindra dimanche. La prochaine fois que je la verrai, ce sera pendant la course (J’ai de la chance d’avoir une femme pareille…)

Je passe la mâtiné à préparer méticuleusement toutes mes affaires ainsi que mes sacs de transitions. Rdv avec toutes les sardines à 12h30 pour déposer le sac Run à quelques minutes à pied de l’hôtel. Ensuite il faudra prendre une navette avec nos vélos et les déposer à l’autre zone de transition qui se trouve à une vingtaine de kilomètre de Francfort. Arrivés sur place, nous prenons connaissance du plan d’eau. Guillaume et Camille décident d’aller nager un peu. Avec Marie nous préférons rentrer car le soleil tape fort et déjà la fatigue de la journée se fait ressentir. Une micro sieste avant de rejoindre Marie et Camille pour un dernier repas chez eux (merci les copains d’avoir pris soin de moi en l’absence de Karen^^)


Il est temps de rentrer. Je suis complètement en nage alors qu’il est 22h et que je viens de parcourir seulement 8 min à pieds jusqu’à mon hôtel. Cela ne présage rien de bon pour demain (d’après les prévisions, il devrait faire encore plus chaud !)
JOUR J (LA CANICULE NE ME FAIT PAS PEUR…)
3h45 du matin, le réveil sonne. Je n’ai pas si mal dormi, même si un cauchemar a quelque peu perturbé ma nuit. J’ai rêvé que je ratais la navette pour rejoindre la ligne de départ… ^^
à 4h00 nous nous retrouvons dans le hall de l’hôtel pour le petit déjeuner. Du gâteau sport, des flocons d’avoine et un peu de lait d’amande. Un rituel qui m’a jusque là toujours réussi.
5H00, Toutes les sardines attendent pour grimper dans la prochaine navette. Nous partons à la guerre. Tout le monde est bien conscient que la journée va être très difficiles au vu des conditions climatiques extrêmes.

Dans le parc à vélo je positionne mes bidons et mes barres avant de rejoindre Marie pour l’aider à gonfler ses pneus.
Tout le groupe de Sardines se rassemble pour une petite chanson lancée par notre Jean Marc afin de se donner du courage.
Il est désormais l’heure de rejoindre nos sas de départ respectifs. Nous sommes une bonne partie du groupe à nous placer dans le sas 1h10-1h20. Ce sera la première fois que je nage une distance ironman sans combinaison (température de l’eau trop chaude pour que le port de la combinaison soit autorisé). Je ne sais pas trop à quoi m’attendre. J’espère seulement que la vue de mon chrono à la sortie de l’eau ne va pas me mettre un coup au moral…


Jean Marc donne les derniers conseils à nos rookies. J’avance un peu dans la foule pour m’isoler et me concentrer avant de prendre le départ. Le rolling start est plus rapide que d’habitude. Les athlètes s’élancent 12 par 12. C’est bientôt mon tour…
GOOO !!
Je déclenche mon chrono ! C’est parti pour une longue, très longue journée !
NATATION 3800 mètres
Le parcours est divisé en deux boucles distinctes avec une « sortie à l’australienne » au milieu. Je me mets rapidement dans le rythme. Il y a beaucoup de monde autour de moi, je prends quelques coups mais ça fait parti du jeu. J’essaie plus ou moins de faire ma route en essayant de ne pas trop faire de virages mais je dois rester attentif pour ne pas prendre un mauvais coup.
Je me sens plutôt bien, mon rythme est bien calé. Le fait de nager sans combinaison donne plus de liberté à mes mouvements de bras mais je sens que la glisse est tout de même moins présente. Le soleil se lève durant le premier retour vers le bord. Je ne parviens pas à voir les bouées et je sens que je ne suis pas le seul. Les nageurs se dispersent. J’essaie plus ou moins de rester au milieu.
Ma main touche le sol. Je me lève et commence à courir. J’entends la voix de quelques supporters du club. Je replonge aussitôt pour attaquer cette nouvelle boucle. Le peloton est un peu plus étiré. Je peux me concentrer exclusivement sur ma technique de nage. Dernière bouée à franchir avant de prendre la direction de la terre. Je ne m’emballe pas. J’en profite pour visualiser les gestes de ma première transition.
Première partie de la course => OK ! Je sors de l’eau avec un peu d’appréhension juste avant de jeter un coup d’œil à mon chrono.. 1h14 !! Pour une natation sans combinaison je suis plus que satisfait ! (mon meilleur chrono avec combinaison étant 1h12 à Hambourg) Cette bonne nouvelle me galvanise et me donne un certain élan pour attaquer la partie Vélo.

Transition 1 (Natation-Vélo)
Une bonne dune de sable à gravir avant d’atteindre le parc vélo. Je récupère mon sac, Dossard, quelques gels dans la poche arrière de ma trifonction. Casque, Lunettes et hop ! En selle !
VELO (185Km- 1500m D+)
Une longue ligne droite dans un sous bois. J’allume mon compteur. Il est encore temps de profiter de la fraicheur générée par la sortie de l’eau. Caler sur mes prolongateurs j’essaie de trouver le bon rythme. Il faut déjà penser à manger un peu et surtout à s’hydrater.
Le soleil fait son apparition et la chaleur s’invite avec lui. Je comprends très vite qu’il va falloir que je me force à boire très régulièrement par petite gorgée pour éviter d’avoir un coup de chaud. J’ai déjà la gorge sèche…
Je trouve mon rythme : une gorgée de boisson iso toutes les 3 minutes, suivi d’une gorgée d’eau. A ce rythme là je vais devoir faire le plein à chaque ravito !
Ils sont répartis sur le parcours tous les 20 km environ. Ça devrait le faire ! Mon rituel sera le même à chaque ravito : Je m’arrose en entier avec ce qui me reste d’eau, je balance mes deux bidons dans la zone propre puis récupère deux nouveaux bidons (Eau + boisson iso). J’attrape également un dernier bidon d’eau à la fin du ravitaillement pour me le vider entièrement sur la tronche !! C’est que ça tape déjà très fort !
Tout cela lancé à 30km/h … Merci aux bénévoles d’être hypers bien organisés !

Le parcours est composé de deux boucles identiques. J’aurai donc un aperçu de ce qui m’attend après avoir réalisé les premiers 90 km. De belles bosses casses pattes dont une entièrement pavée ! Quelques crevaisons, heureusement je passe à travers !
Un public de dingue à chaque passage dans les villages. Certaines côtes ont des allures de tour de France. Je me fraye un chemin au milieu de la foule qui hurle et nous encourage, les Allemands sont chauds !! On voit bien que le triathlon occupe une place particulière chez eux (il faut spécifier que les meilleurs mondiaux sont des allemands ^^) Malgré la chaleur, j’arrive à conserver une température corporelle acceptable, Merci aux habitants qui nous arrosent avec des jets d’eau à chaque passage dans les petits villages.
J’en termine avec le premier tour, je traverse le centre ville de Francfort. Il y a un monde fou au bord de la route alors qu’il fait plus de 40 degrés ! J’amorce un virage quand le speaker annonce mon passage au micro ! « And This is Sébastien SCOTTO DI FASANO From FRAAAANCE !!!! » Le public se met à hurler pour m’encourager ! C’est juste un truc de dingue !! J’en ai des frissons !
Cerise sur le gâteau j’aperçois Karen quelques centaines de mètres plus loin qui crie à son tour pour m’encourager ! Ma petite femme est folle, elle vient de se taper un mariage, n’a pas dormi de la nuit et elle est déjà au bord de la route pour me soutenir ❤

J’attaque le second tour gonflé à bloc, galvanisé par toutes ses émotions. Je ne sais pas vraiment ce qu’il se passe mais je me sens de mieux en mieux sur mon vélo. J’appuie de plus en plus fort sur mes pédales. Je remonte des concurrents par dizaine. Je profite de ce moment d’euphorie qui me portera jusqu’au 160ème km.

Le retour vers Francfort se complique. Un vent brulant frappe mon visage et je n’arrive plus à me refroidir malgré ma technique bien rodée sur les ravitos. Je commence à perdre en lucidité et je ne vais pas tarder à commettre une première erreur…
Je ne sais plus vraiment comme cela s’est passé, mais je me retrouve à sortir d’un ravito avec seulement 1 bidon d’eau. « Mais qu’est ce que j’ai foutu bordel !!? »
La sanction ne tardera pas à tomber. Je suis à sec très rapidement. Le fait de ne plus pouvoir m’hydrater fait chuter lourdement ma vitesse. Je suis en nage. Un poisson hors de l’eau… Il faudra attendre la prochaine transition pour pouvoir boire à nouveau…
Autant vous dire que les derniers kilomètres m’ont paru interminables !
Mon chrono affiche tout de même une vitesse moyenne de plus de 32Km/h de moyenne sur ces 185km ! Une belle Satisfaction !
Me revoilà dans le centre ville de Francfort, j’approche de la zone de transition. Je saute de mon vélo avant de le confier à un bénévole.
Transition 2 (vélo-Course à pied)
Je cours le long des rangées de vélos pour rejoindre la tente dans laquelle je vais m’équiper pour le Marathon. Je me jette dans un premier temps sur les bouteilles d’eau à disposition. Je bois tout ce que je peux et m’arrose entièrement.
J’enfile mes chaussures de running et c’est parti !
Course à pied (42KM)

Premières sensations après quelques mètres : « Mais c’est quoi ce four !!!!!! »
Comme prévu, la température est écrasante. Je ne vois pas comment ce marathon peut bien se passer… Les ravitos sont espacés de 2km, c’est plus qu’il n’en faut sur un marathon normalement. Pourtant, je décide tout de même de courir avec une gourde à la main. C’est certainement la meilleur idée que j’ai eu de la journée ^^
Après seulement 1km, L’eau de ma gourde est déjà … Chaude ? non… BOUILLANTE !
Le premier ravitaillement s’offre à moi. Je vous décris le rituel que je réitérerai durant les 42km :
- Un Saut d’eau gelée versé par un bénévole
- De l’eau
- De l’iso
- Deux « Tuc » ou un morceau de barre sucrée (en alternance)
- A nouveau de l’eau
- Des éponges trempées que je cale dans ma trifonction
- Des glaçons que je balance également partout dans ma trifonction, ainsi que dans ma gourde après l’avoir remplie
Et c’est tout ?? ^^
Oui oui… voilà tout ce que j’étais obligé de faire pour faire baisser ma température corporelle et tenir le coup sur ce marathon. Au passage je voudrais féliciter IRONMAN et surtout les BENEVOLES qui ont accompli un boulot de dingue pour nous maintenir en état toute la journée !
Trouver encore de quoi se faire une douche d’eau gelée ainsi que des glaçons alors que nous sommes en fin de journée et qu’il fait + de 40 degrés,… ça relève juste du surnaturel !
Je continue ma progression très laborieuse à un rythme de 10Km/h mais en m’arrêtant à chaque ravito. Surchauffe oblige !

Première boucle de 10km effectuée. Encore 3… autant dire que je suis loin de mettre fin à ce calvaire.
Heureusement que tout au long du parcours je croise Karen et les supporters Sardines régulièrement. Le moral revient à chaque fois que je passe devant eux. L’ambiance lors de ce marathon est assez exceptionnelle. Il y a du monde partout ! le bord du parcours est rempli de supporters. Tout le monde donne de la voix et les encouragements ne manquent pas. Je suis toujours surpris de voir que les Allemands vivent la course si intensément, comme s’ils se battaient avec nous. C’est quand même exceptionnel de pouvoir vivre des moments pareils.
A partir du 10ème km mes souvenirs sont très vagues… Je suis en mode pilote automatique. J’efface de ma tête toutes pensées superflus. J’essaie de ne pas penser à la distance qu’il me reste à parcourir, sinon c’est le drame assuré. J’avancerai de la sorte jusqu’au 30ème km. Un tournant de la course pour moi. Les douches d’eau gelée non plus aucun effet, mon hydratation non plus. Je n’arrive plus à ressentir la moindre « fraicheur » Clignotant à droite, c’est la surchauffe !
Je ne comprends pas vraiment ce qu’il m’arrive. Mes jambes vont bien, je ne ressens aucune douleur. Mais j’ai du mal à respirer. Comme si quelque chose obstruait ma gorge. Comme si une violente angine s’était déclenchée en quelques secondes (J’apprendrai par la suite que je me suis brulé l’œsophage en buvant de l’eau gelée alors que l’aire était brulant… Comme quoi même après 4 ironman on continue d’apprendre sur soi…)
Ce mal être m’empêche de courir. J’entame donc une traversée du dessert qui durera 3km… J’ai beau tenté de marcher/courir en alternance mais rien y fait. J’aire tel un zombie qui essaie d’avancer. Je lève la tête pour observer l’action qui m’entoure (j’ai l’impression que c’est la première fois depuis que je cours que je prête attention à mon environnement). Un nombre impressionnant d’athlète est en perdition. J’ai arrêté de compter ceux qui étaient allongés en croix par terre sur le bord du chemin. On a l’habitude sur ironman de voir des gens en détresse mais là… C’est clair que les conditions de chaleur extrême ont décuplé le nombre de victimes.
Il faut que je me remette à courir… Il faut absolument que je me remette à courir… je me répète cette phrase dans ma tête en espérant que quelque chose va se passer. Il est hors de question de finir cette course en marchant. Ecoute tes propres conseils Séb… Je me revois dire à ma pote Marjo avant son premier ironman : « Quand ça ne va pas, dis toi que le corps est en train de chercher une solution pour s’en sortir. Il va trouver le levier à actionner pour faire repartir la machine ! Il faut juste être patient et laisser passer l’orage »
C’est à ce moment précis qu’un gars du public se dresse en travers de ma route, à une dizaine de mètres devant moi. Il entame tout un discours d’encouragement en Anglais. Le message est clair, il veut absolument qu’au moment où je passerai devant lui, je lui tape dans la main avant de me remettre à courir de nouveau. Cet inconnu va sans le savoir, relancer ma course. Arrivé à sa hauteur, je frappe sa main de toutes mes forces avant de reprendre une foulée digne de ce nom. J’entends dans mon dos des hurlements d’encouragements qui émanent de la foule ayant assisté à la scène. Je me dis que si l’on se fait autant de mal, c’est pour vivre des moments pareils…
Je ne m’arrêterai plus jusqu’à ce que la finish line se présente à moi.
Je suis sur le tapis rouge, dans la dernière ligne droite ! L’ambiance est folle dans les gradins. Je passe sous l’arche en 12h22min.
Le chrono est anecdotique car il est loin de mon record personnel. Peu importe, au vu des conditions je ne peux qu’être fier d’être venu à bout de cette course qui enregistrera 1500 abandons sur 3500 concurrents…




Je retiendrai une nouvelle fois l’émotion et le plaisir accumulé tout au long de la course.
Une magnifique aventure.
Aujourd’hui je ne me languis que d’une seule chose : Recommencer au plus vite 😉
Merci particulièrement à Karen pour son soutien inconditionnel et pour les courses que nous vivons l’un au travers de l’autre.
Merci aux Sardines avec qui je partage ces moments de joies (et des souffrances) intenses ^^
Bravo à tous les finishers et ceux qui ont du renoncer (vous prendrez votre revanche)
A très vite pour un prochain défi 😉
SebRunNRide

Je ‘ai envoyé un commanditaire mais je ne sais pas si tu l’a reçu.
Bises.
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Juste waouh…. admirative comme toujours de mon grand frère ! Quel mental ! Bravo
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Merci ma Sou 😘😘
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