Contexte
Cette année 2022 a été compliquée et éprouvante.
En voulant reprendre la voile, j’ai clairement complexifiĂ© mon calendrier car l’ultra cyclisme demande un investissement total (physique et mental)
Je me suis certainement montrĂ© trop ambitieux… Mais peu importe. Ce fut trĂšs enrichissant de participer au Championnat du Monde. J’ai pris beaucoup de plaisir Ă re-naviguer, retrouver le contact avec la mer et le vent. Je ne regrette en aucun cas mon choix.
J’avais donc dĂ©cidĂ© d’allĂ©ger significativement mon entrainement Ă vĂ©lo. Avec pour seul objectif, la RAF 300 en duo avec Karen, ma moitiĂ©.
Mais voila… L’ultra est une vĂ©ritable addiction et j’ai rapidement ressenti le besoin de prendre le dĂ©part d’une nouvelle aventure…
AprĂšs le bikingman AURA dĂ©but AoĂ»t, j’ai touchĂ© du doigt les limites du sommeil en course (avec 1h30 de sieste cumulĂ© en 3 jours). Beaucoup moins entrainĂ© qu’en 2020 ou mĂȘme 2021. J’ai tout de mĂȘme Ă©prouvĂ© un certain plaisir Ă me battre chaque nuit pour repousser mes limites. Le corps et l’esprit sont des outils fascinant car il est difficile (voir impossible) d’en maitriser totalement le mode d’emploi.
Quand je suis tombĂ© sur la POCO LOCO (Nouvelle venue dans le paysage de l’Ultra), les valeurs faisaient totalement Ă©cho Ă mes prĂ©occupations du moment. Un engagement Ă©cologique et une « Aventure » plutĂŽt qu’une « course »
MĂȘme si j’adore « jouer Ă faire la course ». En cette pĂ©riode je ressens vraiment un besoin de lĂ©gĂšretĂ© et d’Ă©vasion.
Le 1700Km annonce un parcours grandiose et Ă la fois engagĂ©. De plus, peu de personne y sont inscrit. Je trouve que le fait d’ĂȘtre peu nombreux rapproche d’autant plus les « aventuriers » et renforce la solidaritĂ©. Parfait, Mon choix est fait !


LE DEPART / JOUR 1
Samedi 8 Octobre, 7H00
Il fait encore nuit, nous voila devant la boutique « Avenue du VĂ©lo » Ă Mauguio, prets Ă prendre le dĂ©part.
Le briefing terminé, le départ est lancé dans la foulée.
Il pleut lĂ©gĂšrement, je tarde Ă m’arrĂȘter pour enfiler un top gore tex. Les petites averses s’enchainent, avec de temps en temps de lĂ©gĂšres Ă©claircies. Les paysages sont magnifiques, trĂšs peu de voitures. Je croise rĂ©guliĂšrement le van de l’orga avec Lou, Harald et Aubin le photographe.
Bref, la recette parfaite pour apprécier pleinement le voyage.


Pourtant quelque chose ne va pas. Je ne me sens pas Ă ma place… Karen (ma femme) et Louis (mon fils d’un an et demi) me manquent… Je remets en question mon choix de m’ĂȘtre alignĂ© sur cette course…
Le journĂ©e se passe dans la douleur et l’incertitude.
La tomber de la nuit ne va pas m’aider. Je continue de broyer du noir. J’entre dans un combat intĂ©rieur. L’idĂ©e d’abandonner ne fait pas que me traverser l’esprit, elle me hante Ă chaque coup de pĂ©dale.
Je souffre dĂ©jĂ physiquement, mon moral est au plus bas. Je finis par me sortir de ce tourment en passant un pacte avec moi-mĂȘme. « Passe cette premiĂšre nuit et tu t’accorderas une sieste dans un lit le jour suivant ».
J’avance pĂ©niblement mais j’avance. En plein coeur de la LozĂšre au beau milieu de la nuit. Mon regard est attirĂ© par un distributeur de Pizza au bord de la route. C’est ma chance ! Je n’ai rien avalĂ© depuis des heures !
Je pose mon vĂ©lo et m’apprĂȘte Ă insĂ©rer ma carte bleue quand un message apparait Ă l’Ă©cran : « Toutes les pizzas ont Ă©tĂ© vendues ! »
et M**** …
Un véritable ascenseur émotionnel, mon réconfort pour affronter la nuit vient partir en fumée. dépité, je remonte sur vélo.
je passe le petit village de Chanac, Je sais que Sylvie et Richard (des amis) se trouve Ă quelques minutes de lĂ . L’abandon me tend les bras. Je n’ai qu’une seule chose Ă faire, me dĂ©router lĂ©gĂšrement pour profiter d’un repas chaud, un bon lit et rentrer Ă la maison le lendemain pour retrouver ma famille.
Un instant d’hĂ©sitation… Je finis par me convaincre de continuer Ă suivre la trace.
Il ne pleut plus, mais l’humiditĂ© et le froid me saisissent vers 3h du matin. J’ai mis sur moi tous les vĂȘtements que j’avais. Je dĂ©cide de m’arrĂȘter dans un sas de banque au coeur d’un petit village Ă la place pavĂ©. Programme sur mon tĂ©lĂ©phone un rĂ©veil pour une sieste de 10 minutes afin de me rĂ©chauffer et d’effacer ces pensĂ©es nĂ©gatives qui me hantent depuis le dĂ©part.
A peine la temps de m’allonger au sol que mes yeux se ferment. L ‘alarme de mon tĂ©lĂ©phone retentit, il est dĂ©jĂ temps de repartir…



JOUR 2 / ROCAMADOUR, LA DELIVRANCE
Cette micro sieste m’a fait du bien,
Mon mindset Ă (enfin) changĂ©, j’ai de nouveau la volontĂ© d’avancer.
J’attends l’aube avec impatience, synonyme de rĂ©confort et d’une nouvelle journĂ©e qui s’annonce. Les premiers rayons de soleil se fond dĂ©sirer. 8H30, il commence Ă peine Ă faire jour. Nous sommes en octobre, les nuits vont ĂȘtre trĂšs longues… (entre 11 et 12h de noir total) j’avais vraiment sous estimĂ© ce paramĂštre.
A chaque traversĂ©e de village, je scrute la moindre enseigne avec l’espoir de voir Ă©crit : »boulangerie ». Les heures dĂ©filent et je ne trouve rien. La faim commence rĂ©ellement Ă me tirailler. Il est 9h quand je m’arrĂȘte dans un Bar Tabac, achĂšte tout ce qui peut se manger (des chips et des barres en tout genre), rien de bien intĂ©ressant en terme nutritionnel mais je n’ai pas les moyens de jouer les difficiles… J’ai faim.
Je vais jouer de malchance tout au long de la journĂ©e. A mon passage dans les diffĂ©rents villages tous les commerces viennent de fermer oĂč ne sont pas ouverts tout court. Et oui on est Dimanche ^^
Je rĂȘve d’un plat salĂ©, un sandwich ou mĂȘme une petite quiche. J’apelle Karen pour chercher un peu de rĂ©confort. Elle me dit que le village suivant est assez grand (St CĂ©rĂ©) et que je devrais normalement y trouver de quoi me restaurer.
Je passe devant un panneau… Il est Ă 29km… Autant dire qu’aprĂšs une nuit Ă jeun, cela me parait interminable. J’y parviens enfin mais le village semble desert. ArrivĂ© sur une grande place, je m’assois Ă la terrasse d’un bar. Le serveur me dit qu’ils ne font pas Ă manger mais qu’il peut m’offrir une demi baguette de pain et me couper un peu de saucisson. Je le remercie en lui assurant que ça fera parfaitement l’affaire !
A chaque bouchĂ© je reprends peu Ă peu des couleurs. J’aperçois Sandie (#109) qui arrive sur la place du village. Je lui fais signe.
On se racontent nos quelques péripéties avant de reprendre la route ensemble. Il est 19H lorsque nous atteignons le magnifique petit village de Rocamadour. Harald et Aubin sont là . Tous les commerces sont ouverts ! Je vais ENFIN pouvoir faire le plein de ravitaillement.
Le temps de dĂ©valiser une Ă©picerie fine et un petit Spar. Je boulotte un sandwich avant de reprendre la route un peu avant Sandie. Le vĂ©lo chargĂ© de bouffe et donc le moral au beau fixe pour attaquer cette nouvelle nuit. J’ai le droit Ă une magnifique coucher de soleil pendant que je gravis un petit col avec des bons « pĂ©tards » Ă plus de 12%. La premiĂšre partie de nuit se passe trĂšs bien (avec le ventre plein c’est tout de mĂȘme plus facile đ ).


JOUR 3 / LES LANDES, SES LIGNES DROITES ET SA PLUIE ^^
Je vois sur l’appli’ de tracking que tout le monde part se coucher un peu « tĂŽt » avant minuit. Je dĂ©cide de pousser un peu plus en tirant jusqu’Ă 3h du matin. Heure Ă laquelle je m’accorde comme convenu une (courte) nuit d’une heure mais dans un lit !
Je quitte ma petite auberge en ayant malgré tout la sensation de ne pas avoir dormi du tout. Je traverse un gros coup de moins bien vers 6h du matin, de nouveau happé par le sommeil. Le lever du jour arrivera à point nommé pour me sortir de cet état éreinté.
Le ciel commence Ă se couvrir en approche des Landes. AprĂšs 3 jours de course, je peux dire que je suis certainement l’un des plus lent mais ma stratĂ©gie de sommeil (ou de non sommeil đ ) fait que je suis au contact. J’ai mĂȘme une agrĂ©able surprise en ce dĂ©but de journĂ©e, je me retrouve en tĂȘte de la course suite Ă la casse de dĂ©railleur de Tom (#22). Situation qui risque de ne pas durer trĂšs longtemps car je le vois de nouveau en mouvement sur le tracker et il n’est pas loin derriĂšre. Il a certainement du trouvĂ© une solution pour rĂ©parer đ.
C’est assez drĂŽle de me dire qu’il n’y a personne devant moi lorsque je regarde la route droit devant (C’est certainement la premiĂšre et la derniĂšre fois que ça m’arrive en Ultra alors j’en profite đ)
Tom (#22) finit par me rattraper en milieu de matinĂ©e, On discute un peu lorsqu’il arrive Ă ma hauteur et il me raconte qu’il a carrĂ©ment empruntĂ© le vĂ©lo d’un pote ^^ . Il me faussera compagnie quelques minutes plus tard, je ne le reverrai plus avant mon arrivĂ©e Ă Barcelone.
La pluie s’est de nouveau invitĂ©e sur le parcours. Je traverse quelques averses plus oĂč moins virulentes. S’habiller, se dĂ©shabiller, Coupe vent Ă©tanche, pantalon Gore tex, sur-chaussures. Voila Ă quoi vont ressembler les 5 prochaines heures.
Mais les Landes ce n’est pas seulement un climat humide, c’est Ă©galement de trĂšs trĂšs (trĂšs) longues lignes droites interminables đ
. Il m’arrive de ne pas changer de direction pendant parfois 20km. Je commence Ă trouver le temps long sous ma capuche đ§
Petit stop Ă une station service pour refaire le plein de nourriture. Un Kit Kat pour le moral et des Pringles pour l’apĂ©ro ^^ ( Oui en Ultra mieux vaut ne pas ĂȘtre regardant sur la diĂ©tĂ©tique ^^)
Les heures dĂ©filent, un rapide calcul pour estimer vers quelle heure je serai Ă Hossegor. Certainement en dĂ©but de soirĂ©e. Cela me donne un objectif Ă court terme. Cet endroit reprĂ©sente pour moi le »spot » des vacances đđ»ââïž.
Un autre aventurier est en approche, je le vois fondre sur moi grĂące Ă l’application de dotwatch. C’est un autre SĂ©b (#129) ^^. Il est 19H lorsqu’il me double sur un longue ligne droite. Je m’attendais Ă discuter un peu avec lui mais il semble pressĂ© đŽđ»ââïžđš. Il me lance un « Salut » avant de filer Ă toute allure.
La nuit s’installe et la pluie redouble de violence. Je me trouve dĂ©sormais sur la piste de la velodyssĂ©. Une route que je connais bien pour l’avoir traversĂ©e dans son intĂ©gralitĂ© en bikepacking avec ma Karen lors de nos vacances d’Ă©tĂ© 2019 đŽââïžđŽđ» đ.
le faisceau de mon phare avant illumine l’Ă©pais rideaux de pluie dans lequel je progresse tant bien que mal. Mon pote Damien tente de m’appeler (l’appel s’affiche sur mon Garmin) mais il pleut beaucoup trop fort pour que je puisse lui rĂ©pondre. Il est lui aussi Ultra cycliste, je l’aurai rĂ©guliĂšrement au tĂ©lĂ©phone chaque soir pour lui pondre le recap’ de ma journĂ©e. Ăa me sort de la course quelques instants et on se marre bien en se racontant tout et n’importe quoi.
Blague Ă part, il faut vraiment que je trouve de quoi manger avant d’affronter cette nuit qui s’annonce trĂšs compliquĂ©e au vu de la mĂ©tĂ©o âïž
Au loin j’aperçois un homme au bord de la route qui Ă l’air de m’attendre, il me fait signe, je m’arrĂȘte Ă sa hauteur.
« Vous faites la Poco Loco !? »
« Euh oui »
Il m’explique qu’il a des amis qui font le 700km (Virginie et William dont je ferai la connaissance Ă Barcelone đ). Il me propose des barres et autres ravito. C’est adorable. Je le remercie chaleureusement avant de reprendre mon chemin.
Quelques kilomÚtres plus loin un autre homme est sur le bord de la route, abrité par un parapluie
« Allez SĂ©bastien ! presque la moitiĂ© du chemin ! »
C’est gĂ©nial de voir que nous sommes suivis ^^
SĂ©b (# 129) arrive de nouveau Ă ma hauteur, j’ai du le doubler pendant qu’il s’arrĂȘtait acheter Ă manger. On prend le temps de discuter un peu. Il a fait une insolation le deuxiĂšme jour. Il me dit qu’il prĂ©fĂšre rouler sous la pluie plutĂŽt qu’en plein chaleur. Je suis assez d’accord mĂȘme si lĂ je commence un peu Ă saturer de la flotte ! âïž
J’atteins Hossegor peu de temps aprĂšs, vers 22H. Je sais exactement oĂč me rendre pour me restaurer. le petit pub sur la plage central au bord de l’ocĂ©an est ouvert tard le soir. Je gare mon vĂ©lo Ă l’abri et entre dans le bar.
« Ah dĂ©solĂ© on ne fait pas Ă manger le lundi soir » me lance le barman…
Heureusement il m’indique la pizzeria un peu plus bas qui propose Ă emporter.
Je m’y rend sans trainer. Je commande un pizza poulet crĂȘme fraiche et m’installe sur la terrasse Ă l’abri de la pluie pour la manger.
La serveuse sort et me propose de la manger au chaud Ă l’intĂ©rieur. Je la remercie mais je ne veux pas tout tremper, je prĂ©fĂšre rester dehors. Elle insiste et finit par m’apporter des couverts et une carafe d’eau. Elle me demande ma destination. Je lui explique que je viens de Montpellier et que je me rends Ă Barcelone. Elle rigole en me disant que j’aurais pu faire plus direct comme trajet.
Je repars le ventre plein, rassasiĂ© grĂące Ă une bonne pizza bien chaude. La serveuse et les clients du restaurant me regardent remonter sur mon vĂ©lo comme un marin qui reprendrait la mer pour affronter une tempĂȘte. Il pleut toujours trĂšs fort. Je passe Ă deux doigts de la correctionnelle en faisant le tour du port de Capbreton. Une glissade sur les pavĂ©s me met au sol mais par chance je n’ai rien mis Ă part un bleu Ă l’Ă©paule.
Je fais en sorte d’ĂȘtre plus attentif jusqu’Ă ce que le pluie finisse enfin par cesser. Je suis Ă une vingtaine de kilomĂštres de Bayonne.
Il est 23H quand une fois encore, se prĂ©sente devant moi un homme qui me fait signe, seul dans la nuit, debout Ă cotĂ© d’une voiture avec le coffre ouvert. C’est un autre dotwatcher qui suit la course (Finisher de la French Divide). Au mĂȘme moment un autre phare pointe dans notre direction.
« Ah tiens voilĂ Sandie ! Comment tu vas !? »
Notre nouveau supporter nous propose lui aussi des Pom’potes et des barres. « C’est presque de la triche cette Poco Loco , on a droit Ă une assistance đ »
Nous le remercions chaleureusement avant de repartir ensemble. Sandie m’annonce qu’elle va dormir Ă Bayonne. Nous partagerons le trajet jusqu’Ă son point de chute. AprĂšs 3 jours d’aventures ça fait du bien de partager un moment d’Ă©change convivial.
Nos chemins se sĂ©parent passĂ© Bayonne (C’est la derniĂšre fois que nous nous verrons physiquement avant l’arrivĂ©e mais ce n’est que le dĂ©but de longs Ă©changes tout au long de notre pĂ©riple).
Une chambre m’attend Ă Ainhoa, quelques kilomĂštres seulement avant la frontiĂšre espagnole. J’espĂšre pouvoir y faire sĂ©cher mes affaires qui sont totalement trempĂ©es.
Il est 2h du matin, me voila devant l’hotel…



JOUR 4 / LES PYRENEES CA GRIMPE ET CA TAPE !
Petite dĂ©sillusion au moment d’accĂ©der Ă chambre. Pas de quoi faire sĂ©cher les affaires. Tant pis, je prends une douche et me couche aussitĂŽt. 1h30 plus tard le rĂ©veil sonne. Renfiler des affaires totalement trempĂ©es, ça, je connais bien (aprĂšs plus de 20 annĂ©es passĂ©es Ă naviguer). La seule diffĂ©rence c’est tout de mĂȘme le fait qu’avec des affaires de vĂ©lo, c’est beaucoup plus dĂ©sagrĂ©able qu’avec une combinaison NĂ©oprĂšne…đ
J’avais tout de mĂȘme apportĂ© dans mes sacoches une deuxiĂšme paire de chaussettes (le seul vĂȘtement que j’ai pris en double). C’est le moment oĂč jamais de s’en servir, mĂȘme si tous le bĂ©nĂ©fice de confort s’est immĂ©diatement annulĂ© lorsque j’ai enfilĂ© mes chaussures de vĂ©lo Ă©galement trempĂ©es…
Je passe la frontiĂšre au petit matin vers 5h. Je tombe sur un distributeur (de barres et boissons). Je prends tout de suite la dĂ©cision de m’y arrĂȘter en prĂ©vision de ce qui m’attend. Karen m’a prĂ©venu, je ne trouverai rien sur ma route aujourd’hui pour me ravitailler. La traversĂ©e de la Navarre est absolument magnifique, mais c’est aussi un vĂ©ritable no man’s land. Ce sera Ă©galement la journĂ©e avec le plus gros D+
Les premiers cols annoncent la couleur. Il y a rĂ©guliĂšrement des portions entre 12 et 20%. Ă tel point que je prends trĂšs vite le rĂ©flexe de me dĂ©clipser des pĂ©dales pour pousser mon vĂ©lo quand je vois que la pente devient trop raide. Il n’y a aucun intĂ©rĂȘt Ă jouer les gros durs Ă tout vouloir passer sur son vĂ©lo si c’est pour exploser au bout de la cinquiĂšme bosse ^^.
C’est un vrai dĂ©filĂ© de moutons, de chevaux et de poneys. La route est trĂšs sauvage, il n’y absolument aucune voiture et la brume parsemĂ©e de quelques Ă©claircies rend l’atmosphĂšre absolument fantastique et enivrante.
C’est clairement la partie de parcours que je vais prĂ©fĂ©rer. Je me sens presque obligĂ© de m’arrĂȘter en haut de chaque col pour immortaliser le panorama qui s’offre Ă moi.
Sandie m’envoie un message sur Instagram qui me fait beaucoup rire :
« C’est normal que je sois Ă pied tt le tps ????? » đ
J’en conclue qu’elle est juste derriĂšre moi et qu’elle vient d’enchainer la sĂ©rie de « murs » que je me suis frappĂ© il y une petit heure.
Je lui rĂ©ponds que c’est la mĂȘme pour moi et qu’Ă ce rythme lĂ , on sera Ă Barcelone d’ici fin octobre !
J’amorce au mĂȘme moment une descente entiĂšrement pavĂ©s. Une pente Ă -20% les deux mains sur les freins. Elle me parait interminable . Je rĂąle seul dans ma barbe mais en mĂȘme temps, je me dis que ce genre de moment « galĂšre » forgent les plus beaux souvenirs (et c’est vrai !)
Nous passons le reste de la journĂ©e avec Sandie Ă nous envoyer des vocaux (comme les jeun’s). C’est vachement plus pratique pour parler quand on est sur le vĂ©lo ^^. Une espĂšce de routine se met en place entre nous, comme si nous Ă©tions deux vieux amis qui se racontent leurs aventures. Chacun y va de sa petite anecdote : Des Patous đ¶ qui essaient de nous courser, aux dĂ©licieux « Jamon y queso » đ„Ș l’on peut trouver dans un pauvre bar perdu au milieu de nul part, en passant par Christoph (#118) notre ami Allemand qui est Ă nos trousses et avance comme un avion la journĂ©e !
Nous Ă©changerons ainsi jusqu’Ă l’arrivĂ©e Ă Barcelone đČ
Il est 15h lorsque je passe la barre des 1000 kilomĂštres. J’envoie un message Ă Steven (Le hyaric) pour lui faire part d’un problĂšme qui me tracasse depuis plusieurs heures. J’ai faim mais rien ne semble me satisfaire. Cela fait plusieurs fois que je m’arrĂȘte sans trouver quelque chose qui me donne envie. Il me rĂ©pond immĂ©diatement et me donne quelques clĂ©s. Son aide s’avĂ©rera trĂšs prĂ©cieuse. Il me donnera LE conseil dont j’essaierai toujours de me rappeler :
« Pense au repas que tu rĂȘves de te faire Ă l’arrivĂ©e de cette course et essaie de le trouver »
C’est bizarre mais j’ai envie d’un bon taboulĂ© frais. Le hasard fait bien les choses, je tombe nez Ă nez avec un carrefour contact dans un endroit improbable avec rien autour.
J’y trouve ce que je suis venu cherchĂ© mais je fais la grave erreur de ne pas anticiper ce qui m’attend le jour suivant…
je ne trouverai plus rien Ă manger jusqu’au lendemain 15h (soit quasiment 24h sans me ravitailler)
La pluie s’amuse Ă aller et venir durant toute l’aprĂšs midi.
La nuit tombe, une pensĂ©e noire (qui s’avĂ©rera incroyablement prĂ©monitoire) me traverse l’esprit…
Je reçois un sms de karen… Le papa d’une amie trĂšs proche vient de succomber Ă son cancer…
Saisi par l’Ă©motion, je m’arrĂȘte instantanĂ©ment de pĂ©daler. Les larmes aux yeux. ArrĂȘtĂ© au bord de la route, j’Ă©cris un petit message de soutien Ă mon amie. Cela me ramĂšne Ă la disparition de ma maman dans les mĂȘmes circonstances il y a un peu moins de deux ans…
TrĂšs vite, je ressens un besoin inexorable d’ĂȘtre prĂȘt de mon fils et de ma femme. Je me rĂ©pĂšte que la vie est Ă la fois belle est cruelle. Il faut profiter de chaque instant…
Le coeur gros, je poursuis ma route en lĂąchant rĂ©guliĂšrement quelques larmes. Il n’est que 22h mais je dĂ©cide que la journĂ©e s’arrĂȘtera lĂ pour moi…


JOUR 5 / HypoglycémieS et Hallucination(S)
Je ne parviens pas à trouver le sommeil. AprÚs une heure à tergiverser dans mon lit, je me dis que je ferais aussi bien de remonter sur mon vélo pour avancer.
D’un seul coup d’un seul, me voilĂ debout en train d’enfiler mes vĂȘtements humides. Il est minuit passĂ© quand mon phare dynamo avant se met Ă scintiller de plus belle. Je roule mais les sensations ne sont vraiment pas terribles.
J’atteins pĂ©niblement le sommet d’un long col aux alentours de 7H30. Je m’apprĂȘte Ă amorcer la descente quand je m’assoupis soudainement. Cela ne dure qu’une micro seconde et je parviens Ă garder le contrĂŽle de mon vĂ©lo, Ă©vitant de peu la chute.
Je freine et pose pied Ă terre aussitĂŽt. DĂ©plie mon Bivy et m’allonge sur le sol durant 10 minutes afin de reprendre mes esprits.
Quand mon rĂ©veil sonne, les premiĂšres lueurs du jour son lĂ . Je me sens un peu plus frais et d’attaque pour la longue descente qui m’attend. Le visage camouflĂ© dans ma doudoune et mon coupe vent. L’air est sacrĂ©ment frais et humide.
Je suis sur une route qui semble traverser une grande et longue vallĂ©e. La tempĂ©rature monte au fur et Ă mesure que le soleil s’Ă©lĂšve dans le ciel. Me voila enfin en maillot court en train de sĂ©cher, mes sur-chaussures suspendues Ă mes prolongateurs.
La route est vallonĂ©e mais pas difficile. Pourtant je n’avance plus. Je n’ai plus d’Ă©nergie. Mon dernier encas remonte Ă 16h la veille.
J’enchaine les hypoglycĂ©mies les unes aprĂšs les autres. Il fait 24 degrĂ©s, j’ai des frissons et ma vue se trouble. Si je ne trouve pas Ă manger trĂšs vite je ne sais pas comment je vais pouvoir m’en sortir.
Je traverse quelques hameaux, tape Ă la porte de certaines maison, mais aucun signe de vie.
Alquire est le prochain village (assez grand) qui me laisse espérer trouver de quoi manger. Mais il se trouve à 20km et un peu en dehors de la trace.
Je suis Ă bout de force. Chaque minute me parait interminable. Mais je n’ai qu’une seule solution : Avancer
au loin, je crois voir quelqu’un avancer dans ma direction, je crois bien que c’est un vĂ©lo, Oui s’en est un !
Je l’interpelle « Buenos dias ! »
Un cycliste dans les parages veut certainement dire qu’il y a un village pas loin.
Je dĂ©chante assez vite quand il m’annonce que je ne trouverez rien Ă Alquire. En revanche il m’indique le petit village de Nocito qui compte deux restaurants. Karen me l’a Ă©galement mentionnĂ©. Cela semble ĂȘtre le seul espoir auquel je peux me raccrocher.
Il me tend gentiment une barre qui va me permettre de retrouver un soupçon d’Ă©nergie pour rallier Nocito.
Nous sommes le jour de la fĂȘte National en Espagne, mais fort heureusement, Nocito semble assez touristique pour garder ses commerces ouverts.
Je m’assois et commande le premier plat que je vois sur la carte : Des oeufs brouillĂ©s, du bacon et des patatas bravas.
J’ai l’impression de revivre. J’en profite pour acheter deux sandwich que j’accrocherai Ă ma sacoche arriĂšre (hors de question de traverser une nouvelle fois ce genre de situation critique).
Il y a quelques madeleines dans des sachets individuels sur un prĂ©sentoir. La serveuse m’en propose aimablement quelques unes. Je lui demande si je ne peux pas TOUTES les lui acheter ? Elle me regarde en souriant et me fait comprendre qu’elle me les offre de bon coeur ^^
Je dois vraiment faire peine Ă voir đ
Me revoilĂ en selle, le ventre plein. Christoph (#118) me reprend Ă la sortie du village de Nocito. On prend le temps de plaisanter un peu, Ăa me fait le plus grand bien. Il poursuit son chemin Ă un rythme plus soutenu que le mien.
Etant un peu plus lucide j’en profite pour lever la tĂȘte plus rĂ©guliĂšrement, le paysage est juste grandiose. Ma vision Ă 360 degrĂ©s est juste indescriptible tellement les couleurs et les reliefs sont spectaculaires.
En dĂ©but de soirĂ©e quelques averses viennent rafraĂźchir l’atmosphĂšre.
Vers 21h30 je trouve une station service oĂč j’achĂšte quelques aliments « plaisir »
Tiens, voila Christoph qui dĂ©barque et s’y arrĂȘte Ă©galement. J’ai du le doubler lorsqu’il Ă©tait arrĂȘtĂ© sans m’en rendre compte. Nous repartons ensemble. Il m’annonce qu’il va dormir non loin de lĂ , Ă une vingtaine de kilomĂštres. L’esprit de compĂ©tition revient, j’ai de nouveau envie de jouer Ă faire la course. Je vais pousser le curseur un peu plus loin histoire de creuser l’Ă©cart avant d’attaquer les derniĂšres 24H de cette folle aventure.
Avant de prendre cette dĂ©cision, j’aurais mieux fait de rĂ©flĂ©chir en faisant le point sur mon Ă©tat gĂ©nĂ©ral. Je n’ai pas su dĂ©celer les signes. Je suis extĂ©nuĂ© et des premiĂšres hallucinations se manifestent.
Un Gobelin m’a mĂȘme sautĂ© dessus en pleine rĂ©alisation d’un story đ€Ł (vous pouvez mĂȘme la revoir dans mes stories « Ă la une » POCO LOCO sur Instagram @sebrunnride đ)
Bref, cette nuit se prĂ©sente plutĂŽt mal et je ne suis pas au bout de mes surprises…
Christoph s’est arrĂȘtĂ© depuis 2 ou 3h. De mon cotĂ©, je commence doucement mais sĂ»rement Ă dĂ©lirer …
Karen m’a rĂ©servĂ© une chambre Airbnb dans une village pas trĂšs loin. Je me trouve sur une longue ligne droite en faux plat montant (pas plus d’ 1% de pente). Mon Gps indique mon point de chute Ă seulement 9Km… Je me mets en danseuse pour augmenter le rythme et vite regagner mon logement. Le compteur affiche… 8Km/h.. il doit y avoir un problĂšme… je suis pourtant Ă fond ! je ne comprends pas !
Je me mets Ă hurler de rage sur mon vĂ©lo. Cette pente est telle un pont d’autoroute interminable ! Je check Ă nouveau mon Gps, je suis dĂ©sormais… Ă 12km de mon logement ! J’ai reculĂ© !??
J’ai la sensation d’ĂȘtre Ă contre sens sur un escalator, en train de faire marche arriĂšre. J’envoie un message Ă Karen :
« Laisse tomber le logement, le village ne fait que reculer ! » (Je suis en train de dĂ©lirer en Ă©tat de semi-conscience)
La route finit enfin par descendre.. le village est lĂ . Il est 2h du matin quand une voiture de Police s’arrĂȘte Ă ma hauteur. Il me font comprendre que j’ai des Ă©couteurs et qu’en vĂ©lo c’est interdit. Je ne me rappel plus de la suite de nos Ă©changes. Il finiront par me laisser partir, voyant que mon logement se trouve Ă 300m.
ArrivĂ© sur place c’est le trou noir, je m’affale et m’endors instantanĂ©ment sur le lit, je me rĂ©veillerai 2h30 plus tard …




LAST DAY LAST PUSH ! (Nuit Blanche Franco-Allemande)
Je me souviens avoir Ă©tĂ© rĂ©veillĂ© par le froid. En ouvrant les yeux, j’attrape mon tĂ©lĂ©phone. Il est presque 5h. J’ai du omettre de programmer un rĂ©veil avant de m’endormir.
Finalement, je suis presque reconnaissant envers moi-mĂȘme d’avoir oubliĂ© đ
. Je suis bien conscient du fait que cette nuit, j’ai flirtĂ© avec la limite. J’ai atteint un stade de fatigue extrĂȘme, dĂ» notamment au manque de sommeil excessif que je me suis infligĂ© ces 5 derniers jours.
Je croque dans un bout de sandwich tout en reprenant ma route. C’est la derniĂšre journĂ©e de cette Poco Loco, demain je serai Ă Barcelone cela ne fait aucun doute.
Les routes sont beaucoup plus frĂ©quentĂ©es car je suis en approche de la ville de Lleida. C’est bien la premiĂšre fois depuis le dĂ©but de l’aventure que je peux dire « une ville » et non un village đ.
Les Espagnols sont trĂšs prudents avec les cyclistes. Il y a beau y avoir du trafic, je me sens en sĂ©curitĂ©. Les automobilistes font preuve de bienveillance, c’est tellement agrĂ©able.
La journĂ©e s’annonce assez chaude. Il n’y a pas un nuage dans le ciel. Je traverse un petit village aux alentours de midi, un bar est ouvert. J’en profite pour leur demander un classique « Jamon y queso » pour affronter les petits cols qui vont suivre (Ce sera le meilleur « Jamon » que je n’ai jamais mangĂ©)
La chaleur commence rĂ©ellement Ă se faire sentir, le compteur affiche 34 degrĂ©s. Je ne veux pas me faire surprendre et prend tout de suite le rĂ©flexe de m’arrĂȘter Ă chaque point d’eau pour me tremper la tĂȘte et remplir mes bidons. Gapette baissĂ©e, je suis dĂ©terminĂ© Ă ne pas subir de coup de chaud en cette journĂ©e piĂšge !
Tiens ! Un pĂ©tard Ă 16% ça faisait longtemps. Une nouvelle phase « hike a bike » pour ne pas rentrer en surchauffe.
Je me souviens d’avoir envoyĂ© un vocal Ă Sandie lui disant qu’il faut rentrer en « mode canicule ». Penser Ă s’arroser dĂšs que possible et ne jamais se retrouver en manque d’eau.
Je suis trĂšs prudent durant l’aprĂšs midi oĂč le soleil redouble d’intensitĂ©. Je vois Christoph sur le tracker, Il est derriĂšre moi mais me grappille kilomĂštre par kilomĂštre. Je suis actuellement 3Ăšme et il doit rester 200km avant la ligne d’arrivĂ©e.
Ce serait top si j’arrivais Ă garder ma place ^^
Je me dis que si j’arrive Ă tenir devant lui jusqu’Ă l’amorce de la nuit, ça devrait bien se passer. Christoph roule beaucoup plus vite que moi la journĂ©e mais il dort chaque nuit plusieurs heures alors que moi je cumule 6H de sommeil depuis le dĂ©but de l’aventure…
N’Ă©tant pas trĂšs rapide il faut bien que je m’adapte đ
L’Ă©cart entre nous va se rĂ©duire progressivement. Il est 21H, me voila Ă Montblanc, la trace nous fait passer par le coeur de ville normalement trĂšs touristique, mais Ă cette heure si, les rues sont dĂ©sertes.
140 km avant Barcelone.
Aux alentours de 23h, j’entends un dĂ©railleur qui craque dans mon dos :
« Je suis content de te voir » me lance Christoph avec son bel accent allemand ^^
C’est marrant j’allais lui dire exactement la mĂȘme chose âșïž
La conversation qui va suivre va nous faire sourire tous les deux :
« tu comptes dormir un peu ou tu penses finir d’une traite… ? »
« Je pense que je vais essayer de le faire en non-stop jusqu’Ă l’arrivĂ©e et toi … ? »
« Bein .. du coup moi aussi đ
»
Il faudra donc une derniÚre une nuit blanche pour nous départager.
Aha je pense que nous avons tous les deux pris beaucoup de plaisir à faire la course à distance durant les 2 derniers jours. Nous voila proche du dénouement final.
Christoph me propose de faire la route ensemble afin de nous tenir Ă©veillĂ© pour la nuit. J’accepte avec plaisir tout en sachant que je ne tiendrai pas longtemps le rythme qu’il va imposer.
Je ne crois pas si bien dire. Je me retrouve vite en sur-rĂ©gime dans les bosses. J’ai chaud, je suis beaucoup trop couvert pour rouler Ă cette cadence. Ă contrario, des les descentes je suis trempĂ© et j’ai froid. Mais Christoph ne s’arrĂȘte pas, je dois donc m’adapter pour tenir Ă ses cotĂ©s. Je sais que mon attitude est complĂštement dĂ©bile, je vais finir par exploser. Mais en mĂȘme temps j’ai envie de faire durĂ©e ce moment totalement grisant.
Finalement, un rappel Ă l’ordre va me pousser Ă lĂącher le contact de mon nouvel ami.
Dans une descente lancĂ©e Ă prĂšs de 50km/h, je fais une grosse sortie de route. HypnotisĂ© par le feu arriĂšre clignotant de Christoph, j’ai manquĂ© un virage. Par miracle j’ai foncĂ© dans le bas cotĂ©, amortie par un tas de branches et de petits arbustes. Je n’ai absolument rien Ă part une lĂ©gĂšre douleur au dos et mon vĂ©lo est intact !
Christoph a fait demi tour en entendant ma chute. Il me dit avoir eu trĂšs peur pour moi đ°
Je reprends mes esprits et lui annonce qu’il vaut mieux que je continue Ă mon rythme pour ne pas prendre de risques inconsidĂ©rĂ©s.
Je m’en veux de ne pas avoir rĂ©agi plus tĂŽt malgrĂ© le message de Guillaume. Il avait du sentir que cette derniĂšre nuit allait tourner ainsi :
« Pas de mise en danger hein, y a plus important qu’une place Ă la poco loco »
MĂ©a culpa Guillaume c’Ă©tait plus fort que moi đ
Promis je vais me montrer plus prudent !
Je laisse filer Christoph aprĂšs lui avoir tapĂ© dans la main. DĂ©sormais, je n’ai plus qu’un seul objectif, ralier l’arrivĂ©e en sĂ©curitĂ©.
La baisse d’adrĂ©naline s’accompagne immĂ©diatement d’une irrĂ©sistible envie de dormir.
Je l’a repousse car je sens que je peux surmonter cette phase. 1h plus tard, je suis de nouveau bien Ă©veillĂ© et en approche du sommet du Montserrat vers 4h du matin. Une trĂšs longue descente et je sais qu’il me restera uniquement la montĂ©e vers Tibidabo avant de regagner le coeur de Barcelone.
Christoph n’est finalement que quelques minutes devant moi, il a lui aussi du souffrir tout comme moi de cette derniĂšre nuit.
Comme si tout avait Ă©tĂ© parfaitement orchestrĂ©, le soleil se lĂšvera pile au moment de mon arrivĂ©e au sommet de Tibidabo. C’est magnifique, je m’y attarde une minute pour profiter de ce fabuleux spectacle.
Je n’ai plus qu’a poussĂ© mon vĂ©lo dans le descente vers Barcelone et l’aventure prendra fin.
J’enchaine les longs virages en me laissant porter. L’instant est totalement euphorisant đ€©
8H30, j’arrive devant la « Sagrada Familia », ligne d’arrivĂ©e de ce pĂ©riple incroyable.
AprÚs 6jours et 18 minutes depuis le départ de Montpellier (dont 6h de sommeil cumulé)
Guillaume, Harald et Christoph (fraichement arrivĂ©) sont lĂ pour m’accueillir. C’Ă©tait juste incroyable !
L’aventure se poursuivra Ă « l’Eroica CaffĂ© » les deux jours suivants. Une superbe façon de clĂŽturer ce voyage initiatique en Ă©changeant avec les autres participants que l’on a pu croisĂ© ou pas.
Cela signe la fin d’une aventure incroyable, j’ai aujourd’hui le sentiment d’appartenir Ă une petite famille qui Ă vĂ©cu hors du temps (comme beaucoup d’entre nous ont pu le dire avec ces mĂȘmes mots).
Merci encore Ă Caro, Guillaume et Harald pour ce que vous avez créé đ . Vous nous avez rassemblĂ© pour la vie.
POCO LOCO !








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