« Jamais je ne participerai à cette course »
C’est ce que j’ai dit à Karen il y a 2 ans à peu près.
Pourtant, nous sommes le vendredi 12 avril et dans quelques heures je vais m’élancer sur la Desertus Bikus, édition 2024…
Mais alors que s’est-il passé entre temps pour que mon avis change alors qu’il paraissait bien tranché ?
On dit souvent qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis …
Cette course je l’ai « dotwatché » à chaque édition. Pour suivre des ami.e.s, par curiosité et pour d’autres raisons peut-être, qui sait…
Je n’aime pas les courses avec peu de dénivelé, je préfère les grands cols Alpin.
Je supporte très mal la chaleur, je préfère de loin les conditions hivernales.
Une course sans tracé défini ? Non merci, je n’ai pas le temps de passer des heures et des heures sur Komoot à étudier chaque portion de route et son revêtement.
Et pourtant, il a quelques mois, j’ai quand même cliqué sur « s’inscrire »
Je n’ai pas vraiment d’explication… et c’est d’ailleurs peut-être pour cela que j’ai franchi le pas. Pour trouver des réponses.
C’est trop tard pour reculer, j’y suis, alors allons chercher ces réponses…
Samedi 13 avril 00h01 / Prendre le chemin des écoliers…
Nous sommes quasiment 300 à faire retentir nos roues libres au beau milieu de la nuit.
La température est plutôt douce, aux alentours des 15 degrés.
Dès le premier virage, 80% des vélos prennent à droite (évidemment ma trace m’indique d’aller à gauche…). Je redoutais ce genre de moment…
Voilà pourquoi j’ai décidé de ne pas regarder le tracker. Je n’ai pas du tout eu (ni pris) le temps de travailler ma trace pour cette Desertus. Il m’a fallu probablement moins de 30 minutes pour préparer mon parcours et les 1 400km qui me mèneront à Setubal, ville d’arrivée.
C’est un choix que je devrais assumer tout au long de cette aventure, même si je sais que cela risque d’être compliqué par moment. En décidant de ne jamais regarder le live tracking sur l’application MadCap, je me débarrasse volontairement de cette charge mentale. Je ferai le point à l’arrivée, ça ira très bien…
Les sensations durant cette petite nuit ne sont pas exceptionnelles. Ce n’est pas la première fois que je laisse derrière moi mon petit Louis (3 ans) pour me lancer dans un Ultra. Mais j’ai l’impression que cette fois-ci, il est un peu plus affecté par mon absence et je ne me sens pas très bien…
Je peux heureusement compter sur Karen pour bien prendre soin de notre petit Loulou, qui j’en suis sûr, sera lui aussi un baroudeur quand il sera grand.
Le jour se lève enfin, le moral revient au gré des beaux paysages qui se présentent à moi. J’ai eu droit pendant la nuit aux premières « komooteries ». Des sections gravel que je n’avais évidemment pas prévues, ça passe mais c’est limite pour mes GP 5000 en 32.
En milieu de matinée, j’entre dans le désert des Bardenas, j’avais une petite idée de ce qui m’attendait de par les photos que j’ai pu voir, mais là… c’est vraiment impressionnant ! Cette réserve naturelle arbore des paysages à couper le souffle. L’érosion y a façonné des formations rocheuses aux formes géométriques démentes ! J’en prends plein les yeux.
Le CP1 se trouve au sommet d’une petite butte, j’y retrouve une quinzaine d’autres participants dont la plupart s’accordent une petite pause. Je comprends assez vite que le gros du « peloton » est déjà passé depuis plusieurs heures. J’ai pour habitude d’être souvent derrière sur les premières 24h, mais j’ai bien l’impression que je suis en train de récolter les fruits d’une trace absolument pas optimisée.
Je ne m’attarde pas et rebrousse chemin (ma trace me fait revenir sur mes pas pour prendre la direction du CP2).
Je partage quelques minutes en compagnie de Mauve (cap 85). Ma trace me fait prendre à gauche alors que Mauve file tout droit, elle me conseille de la suivre (grâce à elle j’éviterai une belle portion gravel, merci encore ^^)
Nous faisons route jusqu’à Tudela où nous nous arrêterons pour acheter quelques bricoles à manger.
J’ai fait le plein et laisse Mauve derrière moi. Je continue ma progression vers le Sud avec une route plus à l’Ouest que tout le monde (après vérification des traces après la course). Je passerai cette journée seul avec moi-même. La route n’est pas déplaisante, mais je sens bien que je suis loin d’avoir l’itinéraire le plus direct. Une succession de petites bosses de 3 à 5 km avec une route qui ne rend pas du tout. Le soleil tape fort, je prends bien soin de me protéger toutes les heures mais malgré tout, je souffrirai jusqu’au coucher du soleil.


Dimanche 14 avril / Nuit glaciale et crevaisons
Sur les coups de minuit, après une belle descente, je me retrouve à Molina de Aragon. Cela fait un moment que je lutte contre le sommeil. Je fais le (mauvais) choix de me jeter dans un sas de banque alors que la ville est vraiment animée. Beaucoup de jeunes, visiblement bien éméchés, errent dans les rues et je sens que je risque d’être dérangé.
Mon intuition ne me trompera pas. En 20 minutes de semblant de sieste, j’ai senti 4 ou peut-être 5 personnes entrer et m’enjamber pour se servir de l’ATM.
Le réveil sonne. Je repars en me disant qu’au moins j’aurais fermé un peu les yeux.
Je ne suis pas loin du CP2 qui se trouve dans le parc naturel del Alto Tajo. Il y fait terriblement froid et humide. J’enfile même ma grosse veste de pluie Gore Tex, mon pantalon étanche et mes surchaussures. C’est certainement la fatigue qui accroît ma sensibilité au froid. Le compteur affiche 3 degrés. Je traverse un petit court d’eau qui est à l’origine de cette atmosphère si froid et humide.
Les jambes tremblent, je tente de me réchauffer en relançant dans chaque montée mais en vain.
Il est 4h du matin lorsque je perçois dans un virage derrière moi 2 lampes qui me rattrapent à toute vitesse.
L’une d’elles est celle de Paul (cap 317) !
« T’as pas dormi ? Je ne sais pas comment tu fais »
À vrai dire, à ce moment-là, je me demande moi aussi comment je tiens encore debout.
Je les laisse filer et continue d’avancer péniblement.
A plusieurs reprises, je me sens piquer du nez, il faut vraiment que je trouve un spot au calme et à l’abri pour reprendre un peu de lucidité.
Je trouverai mon salut sous un porche dans un petit village, j’y déplie mon bivy et enlève ma couche d’équipement gore tex avant de m’y glisser (par peur d’être gelé au moment de repartir).
20 min plus tard, l’alarme retentit. Je me dépêche de replier mon paquetage, pressé par ce froid intense. Ce n’est pas la grande forme mais au moins je ne m’endors plus sur mon vélo.
Les premiers rayons de soleil sont salvateurs. Je me réchauffe au fur et à mesure des minutes qui passent.
Alors que je suis en plein FaceTime avec Karen et Louis, Clément (cap 160) me reprend dans une bosse.
Ma conversation terminée, je fais l’effort pour revenir à sa hauteur et profiter d’avoir un peu de compagnie. Nous ferons route commune jusqu’au CP3, Ruta de las Caras ! Le chemin pour valider ce CP a des allures de parcours de Cyclocross. Je ne prends pas de risque et préfère descendre du vélo sur les parties techniques arborant de grosses racines, contrairement à Clément qui lui semble à l’aise avec son gabarit (beaucoup plus léger que moi ^^)
Il est bien plus frais que moi, je lui conseille de partir devant car je vais faire une pause « technique » derrière un arbre ^^
Peu de temps après, une voiture me double puis freine soudainement, c’est Tanguy (talentueux filmmaker) et Bastiane (de France TV) qui sont en train de réaliser un reportage en suivant la course de Jules (cap 45)
(Préparez-vous, le film s’annonce complètement dingue ^^)
J’échange un bref instant avec eux. Tanguy m’annonce que Jules est aux alentours de la 20ème place. C’est la première fois que j’ai connaissance d’un semblant de position en ce qui me concerne… Les messages de Cathy et d’Alex me confirment que cette nuit, je suis sacrément remonté dans le classement (CP1 : 102ème => CP3 : 30ème)
Le moral est au beau fixe et les sensations ne sont pas mauvaises.
Une nouvelle fois je passerais le reste de la journée absolument seul (encore un bon mapping dont moi seul ai le secret).
Il est 13h, j’enchaine les longues bosses en direction de Villarejo de Salvanès quand soudain, en pleine descente, un bruit de carbone qui râpe le sol me contraint à écraser les deux freins pour m’arrêter. C’est une double crevaison mon général…
Et l’auteur du crime n’est autre qu’une minuscule épine (Cf photo). Je la découvre en faisant glisser les doigts à l’intérieur de mon pneu juste avant d’y installer une nouvelle chambre à air. Les trous sont imperceptibles à l’œil nu.
C’est là que je me rends compte d’une erreur qui risque de me couter cher. J’ai oublié de remplacer mes c.à.a (chambres à air) de rechange. Elles sont pour des sections de pneus en 25 alors que pour cette DB, j’ai monté des 32…
Au montage le résultat n’est pas très rassurant. Le pneu ne vient pas claque sur les bords de la jante mais il a tendance à pousser le pneu vers le haut et lui donne une forme peu harmonieuse. Je décide de sous-gonfler la c.à.a pour qu’elle n’explose pas au premier choc.
C’est ma 9ème course Ultra et c’est la première fois que je crève (en course)
je ne suis pas encore à mi-parcours et j’ai déjà utilisé presque tous mes joker (il me reste une dernière c.à.a, en 25 elle aussi)
Il va falloir redoubler de prudence, mais ce qui m’inquiète les plus ce sont les prochaines sections gravel sur lesquelles mon destin ne sera absolument plus entre mes mains.
Je continue ma route en direction de Aranjuez. Une nouvelle fois, mon mapping approximatif fait des siennes. Je me rends compte (bien trop tard) que ma trace me mène directement vers une autoroute. Je perds presque une heure à essayer de re-mapper pour rejoindre la nationale qui me mènera à Toledo. Ma lucidité précaire n’aidant pas, j’ai l’impression d’être dans un labyrinthe. J’envisage la voie de service qui longe la fameuse autoroute, mais avec mes pneumatiques fragilisés, c’est bien trop risqué.
Alléluia, j’ai enfin trouvé la bonne route qui me fait rejoindre la nationale. C’est très fréquenté mais il faut dire que les automobilistes espagnols font preuve d’une bienveillance incroyable envers les cyclistes.
Au bout d’une ligne droite de 40km, je suis rejoint par Paul (cap 422) et Pauline qui feront un stop à Toledo. Il est aux alentours de 20h.
Je prends quelques minutes dans une station-service à la sortie de la ville pour me recharger en eau et nourriture afin d’être tranquille pour la nuit.
Direction le CP 4, Barrancas de Burujon,
La nuit s’est presque installée au moment où j’amorce mon virage à gauche pour m’enfoncer dans le single sablonneux (et interminable) qui me mènera au CP.
Il fait nuit noire, je marche à coté de mon vélo, éclairé de ma frontale stoots car mon phare dynamo ne suffit pas. À cette vitesse le faisceau est trop faible pour que je discerne suffisamment mon chemin. J’en ai marre. Je n’arrive pas à me sortir de ce bourbier et je suis exténué.
« Ouf voilà enfin du bitume ! »
Je crois avoir parlé trop vite. Le sable à disparu en effet mais il a laissé sa place à une route littéralement fracassée. Je progresse péniblement à 10km/h sur du faux plat montant. Je me fais secouer dans tous les sens.
À l’approche de ce qui semble être une station d’épuration, la route devient de nouveau lisse. L’odeur n’est pas des plus accommodante mais au moins j’ai cessé de faire des ricochets sur ma selle.
Cette nuit il me faut un vrai lit pour récupérer, je suis à plat physiquement mais surtout mentalement. Une chambre m’attend à ce petit village au nom à rallonge « Las Ventas con Peña Aguilera»
Je prévois d’y prendre une bonne douche et de dormir une petite heure avant de reprendre la route.


Lundi 15 Avril / Le blackout cérébrale
1h30 du matin, j’avance au radar dans ce petit village pour trouver le bon numéro de rue et la clés qui m’attend cachée dans une boite aux lettres.
C’est ici !
À peine 10 minutes plus tard, me voici douché et sous les draps d’un bon lit.
Je programme un compte à rebours pour dans 1h…
Lorsque je réouvre les yeux, je devine tout de suite que la situation n’est pas normale.Je suis ébloui par les rayons de soleil qui transpercent les volets entrouverts.
«P***** ! Je ne me suis pas réveillé ! »
Sur le coup, je ne comprends pas ce qui a pu se passer. Je me souviens très bien avoir programmé le compte à rebours et vérifié à deux reprises si je n’avais pas fait d’erreur.
Et puis plus rien. Pas le moindre souvenir d’une sonnerie, pourtant réglée au maximum du volume (et qui n’est pas censée s’arrêter tant que l’on ne l’a pas stoppé manuellement). J’ai donc dû forcément avoir une action pour l’arrêter mais je n’en ai aucun souvenir. D’ailleurs, j’ai également enfilé une couche supplémentaire, mes jambières, pendant la nuit (idem, aucun souvenir).
C’est ce qu’on appelle un blackout cérébrale :
Une amnésie qui survient généralement après une soirée bien trop arrosée (ou après plusieurs nuit à repousser le sommeil dans mon cas)
J’ai déjà vécu cela lors de la poco loco Montpellier-Barcelone 1700km, n’hésitez pas à lire mon CR ici => https://sebrunnride.com/2022/10/26/poco-loco-1700km-montpellier-barcelone/
Je suis énervé contre moi-même et un peu dépité aussi.
« tout ça pour rien » J’ai poussé mon corps à son maximum et il m’a lâché impitoyablement.
La sanction est lourde, il est près de 7h30. J’ai donc dormi quasiment 6h…
je me presse, remballe toutes mes affaires et saute sur mon vélo en oubliant presque de récupérer mon téléphone et mon gps qui étaient en train de charger sur la table de nuit.
Je rassure Karen qui a tenté de me joindre à plusieurs reprises voyant que mon tracker était toujours immobile après plusieurs heures.
Assez vite j’essaie de reprendre le contrôle de ma course. Si je ne switch pas de mood, je vais droit dans le mur. Il faut que je trouve du positif dans cette situation.
La plupart des messages que je reçois vont dans ce sens :
« Pas grave, tu vas pouvoir écraser d’avantages les pédales ! »
« Tu as meilleure mine ! »
« Ce n’est que reculer peur mieux sauter ! »
Bref, je crois avoir compris le message, je dois aller de l’avant !
La matinée passe à toute vitesse. J’ai rarement eu des jambes aussi légères durant un ultra. Je prends même du plaisir en tapant quelques accélérations (relatives hein…) dans les bosses.
Un peu avant le CP5, en milieu d’après-midi, je rejoins Bastien (cap 276) qui s’est arrêté à une station-service. Je fais de même et nous repartons quasiment au même moment.
Les CP 5 et 6 sont très proches l’un de l’autre. Séparés d’une quarantaine de kilomètres par une route qui fait office de passage obligatoire. 50% gravel, 50% route.
Nous ferons route commune jusqu’au CP 6, Siberia
Le paysage est très beau, un grand pont nous permet de traverser un étang, l’eau est calme, une très légère brise souffle.
Les sections gravel sont parfois jonchés de gros cailloux dont il faut se méfier, notamment dans les descentes. Bastien lâche les freins à chaque fois. De mon côté je jour la carte de la sécurité et reviens sur lui dans les montées.
Il souffre du dos et moi j’ai les muscles des trapèzes qui tirent à force de tétaniser sur mon cintre.
Nous arrivons enfin au CP6 vers 18h. On se tape dans la main et je repars un peu avant lui, pas mécontent d’en avoir terminé avec ce qui est censé être la dernière section gravel du parcours.
En début de soirée je travers une petite ville (Villanueva de la Serena) dans laquelle je m’achète un bocadillo jamón y queso afin d’attaquer la nuit.
il est 20h, je me sens bien. Il doit me rester à peu près 400km avant d’atteindre l’arrivée. C’est décidé, je compte bien sauter cette nuit pour y aller en one shot.
22h, je passe de l’euphorie au cauchemar. La route sur laquelle je me trouve s’arrête nette pour se transformer en chemin. J’y suis engagé depuis 20km et je n’ai pas vraiment le choix.
Faire demi-tour ou tenter d’avancer pour rejoindre une route plus grande (et vraisemblablement bitumée) qui se trouve à une quinzaine de kilomètres devant moi.
Je décide de continuer en espérant que l’état du chemin ne se dégrade pas trop…
MAUVAIS CHOIX !!
La route gravillonneuse se transforme peu à peu en un vrai champ de mine !
Je crève pour la 3ème fois !
Il est 22h30 je suis au milieu de nulle part en train de mettre une nouvelle c.à.a (non adaptée je le rappelle) éclairé à l’aide de ma frontale. Je manifeste ma colère en insultant ce chemin (et komoot) de tous les noms.
Il me reste 8km avant de regagner une « vraie » route. Je décide de les faire en marchant/courant à coté de mon vélo car je n’ai plus le droit à l’erreur. À la prochaine crevaison je serai foutu.
Minuit, revoilà la route. Cette fois-ci plus rien ne m’arrêtera.
Mardi 16 Avril / Le sprint final
Je traverse la ville de Merida vers les 1h du matin. Karen m’envoie un vocal :
« Regarde bien l’appli, les traces des concurrents qui sont passés avant toi sont visibles, s’ils sont nombreux à avoir emprunter la même route il y a des chances que ce soit la bonne »
Heureusement qu’elle est la…^^
Je suis ses conseils et prends donc la décision de finalement regarder l’application afin d’éviter les mésaventures caillouteuses.
J’arrête le mode navigation de mon GPS pour me laisser guider par les panneaux (à l’ancienne ça marche aussi très bien)
l’itinéraire est assez simple, je retiens le nom des 3-4 prochains villages à chaque fois puis continue ma progression. Argh j’ai dû louper l’intersection à Elvas juste après la frontière portugaise. J’ai pris la route Nord alors que tout le monde est passé par le Sud. Hors de question de prendre le moindre risque, j’opère un demi-tour (+ 8km dans l’opération) afin de rejoindre le sillage de ceux qui sont passés avant moi.
Il est 5h du matin. Une paire de deux participants est immobilisée devant moi, ils doivent dormir. D’après le tracking ils sont à moins de 10km de ma position.
Il s’agit de Leo (cap 149) et Romain (cap 166)
« Si j’arrive à les rattraper je pourrai leur demander de me dépanner d’une c.à.a afin d’assurer la fin de course ! »
Leurs points se remettent à bouger, ils ont dû se remettre en route !
Commence alors une course poursuite effrénée (à pondérer avec l’état qu’on peut avoir sur une fin d’ultra ^^). Je me dis qu’ils vont probablement s’arrêter pour acheter à manger pour attaquer la journée. A chaque passage de village, je jette un œil sur l’appli mais ils sont toujours en mouvement. J’écrase autant que possible les pédales. Porté par l’espoir d’acheter ma tranquillité sur cette fin de course.
Le jour se lève mais je me trouve dans un épais brouillard, j’ai enfilé ma Gore tex et je suis littéralement trempée par l’humidité abondante.
Leurs points GPS se sont enfin immobilisés sur le petit village d’Evora-Monte ! C’est ma chance !
J’attaque dans chaque bosse comme si j’étais dans un sprint final. Il ne faut pas qu’ils repartent avant que je les rejoigne !
Arrivé dans le village, je passe au crible toutes les devantures des commerces avec l’espoir d’y voir des vélos adossés aux murs.
Les voilà !
Je rentre dans une sorte de bar/boulangerie, je tombe directement sur Leo que j’ai presque envie de serrer dans mes bras sur le moment.
« Les gars je suis à votre poursuite depuis plus de 3h ! » Il est presque 9h du matin !
Ils n’hésitent pas à me passer une c.à.a même s’ils ne leur en reste plus qu’une pour deux.
« Tkt, ça devrait le faire » me dit Leo
Ironie du sort, j’apprendrai après coup que ce sont des « voileux » comme moi (Ministe et Figariste). Merci encore les gars !!
Ils me proposent de repartir avec eux.
« Ça aurait été avec plaisir mais … », ce sprint de 3h à la suite d’une nuit blanche a laissé des traces, je suis K.O technique !
Ma vue est trouble et mon cardio donne l’impression de sortir d’un fractionné.
« Allez-y les gars, on se retrouve à l’arrivée »
Je prends 2-3 minutes pour reprendre mes esprits et avaler quelques viennoiseries portugaises.
De nouveau en selle, je peux repartir sereinement. La route est parsemée de longs toboggans jusqu’au village de Grândola. J’hésite à plusieurs reprises à me jeter sur le bas-côté pour une micro-sieste. Depuis ce matin j’ai comme un voile devant les yeux et j’ai du mal à me sortir de cet état de semi-somnolence. Je me force à lutter pour avancer coute que coute, comme si la pause m’était interdite.
Je me lance dans une conversation avec moi-même (à voix haute) pour m’efforcer des garder les yeux ouverts. En partie aidé par les automobilistes portugais qui me frôlent à plusieurs reprises à des vitesses hallucinantes. Cela contraste grandement avec la conduite espagnole qui est aux antipodes.
Il est presque midi quand enfin j’ai l’impression de sortir enfin de ma léthargie.
Le CP 7, Praia de Galé, sera l’ultime étape avant de rejoindre l’arrivée.
Il est symbolique car il se trouve sur une plage au pied d’une falaise qui nous permettra enfin d’admirer l’océan.
Je fais un dernier pit stop pour acheter du coca et des oréo,
La chaleur est de retour. Le soleil me carbonise et malgré tous mes efforts, j’ai la jambe gauche qui a littéralement cramée. Je focalise sur cette brulure qui devient vraiment difficile à supporter.
La route est sinueuse, je n’en vois plus la fin. Difficile de croire que l’océan se cache derrière ces dunes qui arborent une végétation si dense.
La trace m’indique un petit chemin fait de dalles en bois. Je descends de mon vélo et marche prudemment sur ces dalles rendus légèrement glissantes par l’air marin.
Au bout du chemin j’aperçois enfin le bleu de l’Océan, je tombe sur Pauline et Alex (cap 185) qui m’a doublé à vive allure il y a moins d’une heure.
Pauline m’indique que pour valider le CP il faut descendre tout en bas sur la plage. Je pose mon vélo contre une barrière et commence à descendre les marches. J’immortalise ce moment, difficile de rater la photo avec un panorama pareil.
De nouveau en selle, je me lance dans la dernière ligne droite ce cette aventure. 40km me séparent de l’embarcadère du ferry qui me mènera à Setubal, je devrais y être pour 18h.
Un van se met à ma hauteur et me lance un « Allez Bravo ! »
C’est Marjorie (cap 229, qui a malheureusement scratched en milieu d’aventure à cause d’une casse de rayons), elle est accompagnée de François son compagnon qui est au volant du van.
Un virage à droite, une petite route pavée me mène jusqu’au Ferry. Ça y est j’y suis !
Le prochain ferry est annoncé dans 45min.
Marjorie et François me tiennent compagnie quand nous sommes rejoints par Augustin (Cap 121). Du thé froid Suisse et des chips en guise d’apéro (Merci Marjorie et François ^^)
Nous allons avoir droit à un joli spectacle depuis la digue. Un banc de grands dauphins est en train de défiler sous nos yeux. C’est un finish en apothéose qui s’offre à nous.
Le ferry touche le quai de Setubal un peu avant 19h,
Encore quelques virages (et une dernière erreur de routage pour moi) avant de franchir l’arrivée devant le Bar Marina Lounge.
Le compteur affiche :
1 440km
14 534m de D+
Temps total : 91h 40 min
Temps en activité : 74H23 min (Soit 81% du temps)
Température min : 3 degrés
Température max : 39 degrés
Merci évidement à tous pour vos nombreux messages durant l’aventure. Je le répète à chaque fois mais c’est une vraie source de motivation pour moi.
Merci Yvan pour cette nouvelle expérience de vie qui vient enrichir ma boite à souvenir.
À très vite pour une prochaine épopée 😉





