RACE ACROSS FRANCE 2500km (Edition 2023)

“Ce sont les épreuves qui nous révèlent. Elles nous mettent au défi de nous dépasser et de nous voir dans notre propre réalité.”

Contexte avant course

21 juin 2023, jour de fête de la musique, nous y sommes. Veille de grand départ sur cette course mythique avec laquelle j’ai déjà engrangé tant de souvenirs. Me voilà prêt à affronter mon objectif de l’année. La RAF 2500km.


Mais avant de me lancer dans ce récit, un petit retour en arrière s’impose.
Ma dernière course Ultra remonte à l’automne dernier, La Poco Loco Montpellier-Barcelone. Un beau chantier de 1700km et 27 000m de D+

J’avais alors décidé que durant cette course, je mettrais tout en œuvre pour dépasser mes limites, notamment en dormant le moins possible. J’ai ainsi connu mes premières (fortes) hallucinations et mes premiers « délires ». J’étais certainement allé un peu trop loin…
Une sortie de route en pleine descente de col à 50Km/h la dernière nuit m’avait fait prendre conscience que j’avais grillé un joker et qu’il était urgent d’être un peu plus attentif aux signaux que m’envoyait mon corps.

Décembre 2022

Je suis inscrit à la RAF depuis le premier jour d’ouverture des inscriptions.
Bien décidé à revivre ce que j’ai pu toucher du doigt en 2021 (ma première participation au 2500km) en bouclant l’aventure en 8jrs et 3h.
En 2023 le parcours sera bien plus exigeant que la dernière fois (presque 10 000m de D+ supplémentaires pour la même distance)

Je rêve évidement de passer sous la barre des 8 jrs, mais avec un parcours si raide, cela rend la tâche quasiment inaccessible pour moi…

Peu importe, je choisirai de tout mettre en œuvre pour arriver le plus fort possible sur la ligne de départ.
Dès le 1er janvier (2023) je multiplie les sorties longues dans des conditions extrêmes alors que l’hiver bat son plein :

  • Marseille – Station de ski les Orres : Un départ de Marseille vendredi soir (en Gravel) pour un Aller simple de 270km vers cette belle station de ski des Alpes du Sud. Température min -14degrés en traversant le plateau de Valensole à 3h du matin
  • Marseille – Mandelieu – Ventoux : Une virée de 487km (sur les traces du parcours de la RAF 2021)
  • Marseille – Lyon : 440km
  • Bicinglès du Ventoux (Ventoux X6)

Bref … l’objectif était de bosser le mental en m’infligeant des sorties qui allaient me pousser dans mes retranchements (surtout au vu des conditions météo)

Début Avril, je totalise déjà un bon nombre de kilomètres mais je ne suis pas encore rassuré. Je décide de me faire accompagner pour la première fois (dans ma pratique du vélo) par un coach.
Je me rapproche de Loïc (Lepoutre) car il a déjà coaché une amie et j’apprécie beaucoup ses interventions dans le podcast « dans la tête d’un cycliste (parole de coach) »
Loïc me confectionne un plan d’entrainement aux petits oignions jusqu’à la RAF. Soit 2 mois d’entrainement avec essentiellement du qualitatif pour gagner en puissance.

LE GRAND DEPART

Un départ du Touquet, direction Lille, les Vosges, le Jura, le massif des Bauges, les Alpes et enfin le Verdon puis une arrivée à Mandelieu. Voilà le programme.

USS63, mon numéro de dossard (for ever ^^) sur la RAF.
Cette année nous partons tour à tour sur la rampe de lancement du Touquet, du plus petit au plus grand numéro de dossard.

Je vais m’élancer parmi les premiers (en 13ème position exactement) sur plus de 130 concurrents.

Un stress supplémentaire car je risque de voir défiler un bon nombre de cyclistes durant les premières heures au vu de ma faible vitesse… Il faudra faire avec.

Jeudi 22 Juin

Départ 17H06
Ça part très vite, le défilé commence. Malgré le fait que je sois en surrégime, je me fais régulièrement doubler. C’est toujours difficile à ce stade de la course de l’accepter mais il faut prendre son mal en patience…
La soirée se prolonge et le soleil tarde à se coucher. Un saut de chaine au km 100 me contraint à m’arrêter. Je règle ça rapidement sans paniquer. La chaine est bloquée entre le dernier pignon et le triangle, une première !  Je parviens tout de même à la sortir de là (en force) puis remonte en selle.

Pendant que je réparais, j’ai vu passer Christophe (Aubonnet) et son casque orange avec qui j’avais déjà partagé quelques kilomètres lors de la RAF 2021. Je ne sais pas s’il se souvient de moi.

Je fais l’effort pour revenir à sa hauteur. J’engage la conversation, il me remet rapidement et nous voilà lancé chacun dans le debrief de notre dernière RAF ^^

Les heures passent et je sens déjà que la survitesse du début de course m’a couté de l’énergie. Un Food Truck sur le bord de la route, Parfait ! J’en profite pour acheter un sandwich en express.

La nuit s’installe enfin. Les dépassements se font beaucoup plus rares. Au milieu de la nuit J’approche la base de vie de Lille (Btwin Village) aux côtés d’un Lillois, Mathieu (Le Sech) qui vient de terminer sur le podium de la Race Across Belgium 500.

Je suis très surpris de voir autant de monde en mode « pause » ou en pleine sieste à la BDV. Cela fait seulement 230 km que nous sommes partis. Le rythme effréné du départ à sans doute fait des dégâts.

J’en profite pour mettre quelques bonnes gaufres dans mes poches et repars aussitôt.

Vendredi 23 Juin

La seconde partie de la nuit se passe bien, je trouve enfin mon rythme de croisière.
Au lever du soleil je me fais happer par une brume épaisse et très humide qui ne disparaitra pas avant la fin de matinée.

Dans l’après-midi le soleil tape de nouveau. Je fais la rencontre de Xavier (Chapeau) qui est lui aussi coaché par Loïc. On passera 2-3h à rouler à vue l’un de l’autre.
Le passage sur le site historique de Verdun est chargé d’émotion. Je subis mon premier gros coup de fatigue. Xavier me persuade de faire une petite pause au prochain bar que l’on croise. Un Coca, une glace et un second Coca ^^

Des douleurs de selle inhabituelles commencent réellement à me faire souffrir. Certainement dues à l’enchainement d’une matinée très humide avec un après-midi caniculaire.

Je prévois de faire un stop rapide à la prochaine pharmacie pour acheter des patchs suite aux conseils de Xavier, ce qui règlera définitivement le problème jusqu’à la fin de l’aventure. Merci Xavier pour ce tip 😉

Je repars un peu avant lui car je reste obnubiler par le fait de réduire au maximum mes temps de pauses.

Les heures suivantes sont éprouvantes, la route est jonchée de toboggans interminables.

Je me console en me disant que j’arriverai bientôt à Metz où j’ai prévu de dormir un peu (pour la première fois depuis le départ)


Avec Xavier

Samedi 24 Juin

Une petite nuit de 2h à l’hôtel (ce sera la seule) histoire de prendre une bonne douche puis me voilà reparti au milieu de la nuit. Il fait frais. J’apprécie ce nouveau lever de soleil derrière ma doudoune. J’ai l’impression que le monde m’appartient, c’est grisant.

L’entrée dans les Vosges est imminente, il va falloir enchainer une dizaine de cols qui, si l’on regarde d’un peu plus près, vont faire mal aux pattes !
Il est 9h et j’attaque le premier d’une longue série. Les jambes répondent bien, je suis pris d’euphorie. Un premier état de flow sur cette RAF.
Je partage plusieurs ascensions avec Sébastien (Chansaulme), le genre de gars super sympa qu’on aime croiser sur ce type d’aventure. Nous parlons de tout et de rien, ça aide à faire passer le temps.
Il est plus rapide que moi mais nous nous croiserons bon nombre de fois durant cette journée au gré des différents arrêts pour se ravitailler.

En début d’après-midi, le soleil tape, je suis à 6km du sommet du prochain col. Je n’avance plus. Cela fait plusieurs heures que la fatigue est là. Je sais que mon corps réclame une sieste mais je trouve sans cesse des excuses pour ne pas m’arrêter… Je me jette sur le bas-côté, la tête entre les jambes, assis à côté de mon vélo. Je suis cuit.

Un randonneur qui descend le col passe à côté de moi et me lance « un vélo chargé comme le vôtre est juste devant » Cela me motive à me remettre en selle. Peut – être que c’est Séb ? Ce sera toujours plus motivant de grimper ce col avec lui.

Je remets de la puissance et tente de relancer encore et encore, en espérant l’apercevoir à chaque sortie de virage. Mais rien… Aucun vélo en vue !

Je parviens tant bien que mal au sommet et bascule dans une longue descente.

Le village plus bas me permet d’acheter à boire et à manger. C’est une véritable fournaise et je redoute vraiment le passage du prochain col.

Dès la première pente je me rends compte que ça ne va pas le faire, je dois vraiment essayer de dormir un peu pour tenter de faire repartir la machine. Une petite chapelle dès le deuxième lacet fera l’affaire. Il y fait frais, je m’allonge sur le premier banc et fais une sieste de 10 minutes.

L’effet est instantané. Un regain de force et de fraicheur après seulement 10 min de repos… Je me sens bien bête d’avoir attendu tout ce temps avant de le faire… Je me promets de ne pas réitérer ce genre d’erreur stupide.

Vers 18h la fraicheur revient. J’attaque le mythique col du Petit Ballon à la tomber du jour.
enchainé avec le col du Platzerwasel !

Deux fois 10km à des pourcentages avoisinant les 10% !

Heureusement les jambes répondent encore bien au milieu de la nuit.

C’est la bonne surprise quand Séb me reprend avant l’ascension du col du Grand Ballon avec un autre camarade de route.

Nous avons tous le même objectif, rallier la base de vie de Mulhouse coute que coute cette nuit ! Nous y parviendrons vers 3H30 du matin (non sans mal)



Premier coup dur… H.S
Sieste de 5 minutes au frais dans une petite chapelle
Le Col du Petit Ballon !



Dimanche 25 Juin


3H de stop à la base de vie. Douche, Changement de vêtements, repas + sieste.
Au petit matin avant le lever du soleil je suis un homme neuf.

A tel point que je suis gagné par une joie extrême et une excitation déconcertante lorsque je reprends la route.

Cette euphorie ne me quittera pas de la matinée. Il fait de nouveau très chaud mais je suis bien lucide. Je fais le nécessaire pour me protéger comme il faut (crème solaire / hydratation)

Au passage d’un petit bourg en fin de matinée je tombe sur une alimentation ouverte ! Nous sommes dimanche, c’est un vrai coup de chance que je dois saisir. Me voilà armé pour affronter cette journée.

Vers 16h je commence à piquer du nez sérieusement dans une bosse. Je ne me fais pas prier cette fois-ci. 5 minutes de sieste dans un pré et c’est reparti de plus belle !

Un cycliste fait demi-tour devant moi et vient se mettre à ma hauteur, il n’a pas de sacoche. C’est un supporter qui habite le coin. Il me conseille de m’arrêter acheter à manger à Pontarlier avant d’affronter la nuit car il n’y aura pas d’autres opportunités par la suite.

J’appliquerai sagement son conseil. Un stop pizza sur la trace « une calzone à emporter s’il vous plait ! »

Comme à chaque épreuve, j’ai régulièrement mon pote Damien au téléphone le soir pour débriefer de ma journée et surtout rigoler un bon coup !
Un bon moment qui chaque soir me permet relâcher/partager la tension des dernières 24h

J’arrive dans le Jura en début de soirée, j’enchaine les passages sur les hauts plateaux. Le fond de l’air s’est sacrément rafraichi.



Le brossage de dents quotidien sur le vélo (pas de perte de temps !)
Une calzone sur le porte bagage !


Lundi 26 Juin

En pleine descente d’une station du Jura je me fais rappeler à l’ordre alors que je négocie mal un virage. Un petit abri en pierre semble me tendre les bras. Il est 2h du matin. Je m’y installe en pensant dormir 2 petites heures. Mais 10 minutes plus tard je réouvre les yeux, transi de froid, je suis contraint de repartir pour trouver un meilleur abri.

Je n’ai pas eu la lucidité de sortir ma couverture de survie, ce qui aurait pu être la solution…

Je zyeute un nouveau spot moins hostile mais le temps passe et le jour finit par se lever. Tant pis pour ma sieste, c’est une nouvelle journée qui commence.
Je suis en approche du Lac du Bourget.

Une amorce par le col du Chat que j’adore avec sa vue qui surplombe le lac.

3 cols entre 12 et 16 km vont s’enchainer. Je croiserai à plusieurs reprises Guillaume (Klein) dont je ferai la connaissance autour d’un Coca avant de grimper un nouveau col.


À l’assaut de la Colombière en début de soirée. Gros coup dur après avoir passé le Grand Bornand. Je suis à plat physiquement. Cette fois ci ce n’est pas le sommeil mais une grosse fatigue générale.
Je fais le plein dans un petit Carrefour Market du coin et m’assois quelques minutes sur un banc avant de reprendre péniblement mon ascension.

Je suis rattrapé par Remy (Simonin) un jeune étudiant avec un vélo bien chargé ! Il ne fait pas partie de la RAF mais revient d’un voyage à vélo dans les pays de l’Est. J’apprécie fortement sa compagnie. Je trouve ça hyper cool à son âge d’avoir entrepris des vacances à vélo dans des pays éloignés.

Nos chemins se sépareront après la descente.

La nuit tombante je me dirige vers le dernier col qui me mènera jusqu’à la Base de Vie de Megève où je compte bien dormir un peu.

Mauvais spot… 10 minutes de dodo avant d’être transi de froid



Mardi 27 Juin

2h du matin, arrivée à la base de vie de Megève.

La suite du programme s’annonce costaud avec un enchainement de plusieurs grands cols Alpins. La nuit blanche d’hier a laissé des traces, il faut que je reprenne des forces.

Je reprends la route après une bonne sieste, 1h avant le lever du soleil.
Au menu pour le petit déjeuner : Le col des Saisies ! Quentin (Iglesis) de l’équipe media m’accompagne sur une partie de l’ascension.

Je me sens reposé et en forme ! La grimpette se passe très bien. Loïc (le coach) qui est déjà à Albertville en direction de la Madeleine se voit contraint de rebrousser chemin (à cause d’un accident le col sera fermé toute la journée)

Je le retrouve donc avec deux autres compères à Albertville.

La déviation indiquée par l’organisation nous force à faire un long détour dans la vallée.

J’accompagne ce petit groupe pendant quelques kilomètres mais je me rends très vite compte que le rythme est beaucoup trop rapide pour moi. Mieux vaut les laisser filer si je veux arriver au bout de l’aventure ^^

La nouvelle trace me fait récupérer le col de la Madeleine par l’autre versant, enchainé avec le col de Chaussy. Un vrai chantier !! Des pourcentages au-delà des 10% avec un soleil de plomb !

Heureusement la descente vertigineuse par Montvernier est une vraie récompense pour les yeux. Les lacets sont juste incroyables avec une vue à couper le souffle.

À l’amorce du col du Mollard je suis repris par les premiers du 1000 km qui paraissent tout frais ^^

Plus de jus/plus de jambes dans le col de la Croix de Fer qui semble ne plus finir …
Je tente à plusieurs reprises de récupérer en faisant des petites pauses mais rien n’y fait.

Je finis enfin par me hisser jusqu’au sommet juste à temps pour le coucher du soleil. La vue est juste magnifique, je ne crois pas avoir déjà vu un paysage aussi beau dans ma vie.

C’est parti pour une très longue descente le long du barrage.

Je décide de prendre une nuit dans une Auberge juste après le col d’Ornon… mais le confort ne sera pas au rendez-vous…


Avec le Coach et les costauds !
Col de la Croix Fer
La Croix de Fer





Mercredi 28 Juin

L’auberge est en « libre accès » et je suis le seul client pour cette nuit.

Malheureusement le confort y est plus que rudimentaire.

Pas de draps, pas de couette, pas d’oreiller, pas de serviette (donc pas de douche…), pas de papier toilette. Bref mis à part un lit je ne bénéficie de rien de plus par rapport à une nuit à la belle étoile.

Après avoir cherché ces équipements inexistants pendant plusieurs minutes, je me resigne à m’allonger sur un matelas, recroquevillé sur moi-même, blotti sous ma veste.

Mon alarme sonne 2h plus tard, je ne me fais pas prier et quitte sans regrets cette maudite auberge qui ne m’aura apporté aucun réconfort.

Un nouveau lever de soleil passé sur mon vélo. Direction le Vercors et la prochaine base de vie de St Jean en Royans que j’approcherai sur les coups de midi.

Une bonne douche, j’enfile mon habit de lumière (Maillot + Cuissard tout propre) qui sera celui avec lequel je compte bien franchir la ligne d’arrivée.
J’ai la bonne surprise de croiser le copain Louis (Labussière) sur la base de vie. Il est sur le 1000 km et semble en très bonne forme ! Nous nous recroiserons un peu plus tard sur la route 😉

Je ne m’attarde pas car pour la première fois depuis le départ j’ai (enfin) jeté un œil sur le classement… Incroyable ! Je suis dans le top 30 ! Jamais je n’aurais imaginé être aussi bien au vu du niveau remarquable sur cette édition de la RAF.

Je m’aperçois également que plusieurs concurrents du 2500 sont en train de faire une sieste, Il n’en faut pas plus pour me pousser à décoller rapidement (vous commencez à bien me connaître, mon esprit de compétition est LE levier qui me permet de me dépasser, encore et encore)

J’aborde le col suivant avec un fraicheur déconcertante, un passage dans un sous-bois révèle une portion de 3-4 km à plus de 10%. Pour autant je me sens bien. Il fait terriblement chaud mais je prends bien soin de respecter mon protocole => crème solaire/baume à lèvres 3 fois par jour pour éviter le coup de chaud (je m’y tiendrai jusqu’à l’arrivée)

Dans l’après-midi je suis dans le col de la Croix (je n’oublierai pas le nom de ce col).
Aucune difficulté notable, presque un faux-plat montant (2-3% moyen) durant une dizaine de kilomètres en remontant une jolie rivière. Un cadre bucolique qui voit cependant mon coup de pédale bien émoussé.

Une petite table de pique-nique à l’ombre d’un préau sera mon domicile pour les 5 prochaines minutes, le temps d’une sieste.

À 20H mon compteur affiche 2000km parcourus depuis mon départ du Touquet…

Je suis repris au milieu de la nuit par Aissam (Dabbaoui) au sommet d’un long col.

Nous échangeons quelques anecdotes (douleurs de selle ^^) puis j’attaque la descente avant lui après m’être bien couvert.

J’ai en tête de faire nuit blanche car je me sens bien. Mais le sort en décidera autrement.

Vers 1h du matin, je vacille dangereusement et de légères hallucinations font leurs apparitions. C’est le second dinosaure (T-Rex) que je croise sur la route… Il est temps de m’arrêter. Tant pis pour mon plan initial.

Tenue de lumière pour ce final push !!
Micro sieste sur un emplacement de choix



Jeudi 29 Juin

J’ai trouvé refuge sur le porche d’un restaurant à Veynes.

J’ai déplié mon bivy sur un tapis et je me suis emmitouflé dans ma couverture de survie.

J’y ferai ma plus grosse nuit. 3h de dodo pour me permettre d’attaquer la sortie des Alpes en pleine forme.

Je reçois un léger coup au moral quand je m’aperçois sur le tracker que beaucoup de concurrents directs n’ont pas dormi cette nuit (ou alors très peu)
J’ai ainsi perdu toute l’avance que j’avais creusé sur ces deux derniers jours. J’essaie de ne pas trop y penser en reprenant mon chemin, Il reste encore de la route à parcourir et j’espère que ma stratégie paiera sur la fin…

En milieu de journée le ciel se couvre (ce qui n’est pas pour me déplaire)

La pluie ne se fait pas attendre, et puis vient assez rapidement le déluge ^^

Je vais enfin pouvoir arborer l’équipement de pluie que je me traine depuis le Touquet (pantalon + veste étanche Gore tex + sur-chaussures étanches)

Me voilà totalement à l’aise pour affronter ces conditions.

Je partage l’ascension du col de la Cayolle avec Emmanuel (Szendroi) qui lui est sur le 1000km.

Encore un bon moment d’échange et une belle rencontre sur cette RAF.

Arrivé au sommet je ne traine pas car je sais que la descente est extrêmement longue (voir interminable !) jusqu’à la base de vie de Guillaumes.

La pluie redouble de violence, je reste prudent dans les lacets car la route est détrempée.
Arrivé à Guillaumes, la Base de Vie recèle de participants gelés et éreintés (cela me conforte dans l’idée qu’il faut toujours avoir tout l’équipement nécessaire pour affronter les conditions les plus rudes)

Je me pose et m’assoupis une vingtaine de minute. A mon réveil personne n’a repris la route (La pluie est toujours aussi forte et l’orage gronde)

Petit check sur le classement… Si je pars maintenant je laisse derrière moi des concurrents qui avaient plus de 4h d’avance sur moi encore ce matin…

Il ne m’en faut pas plus pour me motiver à repartir, d’autant que je me sens en forme et armé pour affronter la pluie.

C’est tout excité que je remonte sur mon vélo en milieu d’après-midi.

Encore un peu de descente et la pluie finit par se calmer. Je me « débâche » avant d’attaquer le fameux col du Buis. Un terrible col avec des pourcentages qui auraient dû me faire poser pied à terre. Mais je suis totalement déchainé, galvanisé par le fait d’avoir repris la route avant tout le monde.

Je me sens si chanceux d’être le témoin d’un spectacle incroyable durant cette ascension. Je grimpe accompagné d’un faisceau de lumière, le soleil transperce les nuages comme pour me montrer le chemin, alors qu’à ma droite c’est l’obscurité qui domine et l’orage qui gronde.

Je tomberai un peu plus tard sur Geoffrey (Grimmelpont) et Fabrice (Paumier) en Duo sur le 1000, avec qui je partagerai un bon morceau de route dans le verdon avant de les laisser filer. Merci encore à eux pour leur compagnie et ce bon moment.

Je reçois un message de l’organisation qui indique que la course est neutralisée à cause de l’orage. J’ai pour ma part dépassé l’orage mais cela tombe très bien car ma phase d’euphorie étant retombée, je ressens une lourde fatigue.

Le prochain village où je peux trouver de quoi bivouaquer est Aups. J’y suis rapidement.

Je traverse un parc, il y a des toilettes publiques avec un petit préau. Je décide de m’y installer pour y passer la nuit en attendant les nouvelles instructions de l’organisation.

Ce sera ma dernière nuit sur cette RAF, Il me reste environ 120km jusqu’à Mandelieu. Demain je franchirai cette ligne d’arrivée tant convoitée…


dodo sous le porche d’un restaurant à Veynes
Col de la Cayolle sous le déluge
Euphorique dans le terrible col de Buis



Vendredi 30 juin

Je suis dans mon Bivy à même le sol. N’ayant pas pris le temps d’étudier le spot, je suis en plein courant d’air mais la température est agréable. Je me réveille heureux. Envahi par des larmes de joie qui sont le fruit de plusieurs sentiments qui se mélangent.

Je pleure, car je sais que dans quelques heures, je vais retrouver Karen et Louis. Je vais les serrer dans mes bras après 10 jours d’absence. J’ai souffert chaque jour de cet éloignement. Ils sont ma plus grande force mais aussi ma plus grande faiblesse…

Et je pleure aussi, car j’ai mené bataille pendant plus de 7 jours et 8 nuits. Malgré les coups de moins bien et les difficultés, j’ai maintenu et déployé mon effort non-stop. J’ai remporté cette bataille contre moi-même…
Je pense n’avoir jamais été autant satisfait de moi durant une épreuve. Une course « pleine » comme on dit. Je suis allé au bout de moi-même tout en gardant une certaine maitrise et surtout en ayant toujours la sensation d’avoir le contrôle sur mon état.

J’ai une nouvelle fois appris énormément sur moi…

 Il est 6h du matin, je reçois un sms de Loïc qui se trouve lui aussi à Aups, il a passé la nuit dans un hôtel. Nous nous rejoignons à l’ouverture de la boulangerie pour un bon petit déjeuner avant cette dernière ligne droite.

Il me propose de faire la route ensemble jusqu’à Mandelieu mais je sais bien que je n’arriverai pas à le suivre…

L’organisation nous donne le feu vert pour repartir. La matinée se passe plutôt bien. On enchaine les bosses en se racontant nos différentes péripéties. Je sens bien que je suis en surrégime et que je ne vais pas tarder à lâcher. Loïc adapte son allure et baisse de rythme mais c’est trop tard, je suis en train d’exploser ^^

Nous sommes rejoint par un petit groupe de 5-6 participants du 1000 km.

Très bonne surprise quand je m’aperçois que Louis fait partie de ce groupe.

On passe quelques minutes à échanger mais j’ai de plus en plus de mal à suivre l’allure. Je lui propose de filer, on se retrouvera à Mandelieu pour fêter ça dans quelques heures.

Le groupe me fausse compagnie mais Loïc insiste pour rester à mes côtés. Un dernier arrêt dans une supérette et je finis par le persuader de continuer à son rythme (il faut dire que cela fait 10 ou 12 fois que j’explose dans les bosses depuis ce matin ^^)

Il accepte (Ouff…^^)

Ces derniers kilomètres sont une véritable souffrance. Le vent s’est levé, et je n’ai plus de quoi relancer. Au passage du pont du lac de Cassien, j’ai la bonne surprise de mon pote Yoann qui est sur le bord de la route avec son appareil photo. Je le salue d’un geste de la main en tentant de faire bonne figure.

Les nerfs lâchent, je craque à plusieurs reprises en envoyant des messages vocaux de détresse à Karen « je ne vais pas y arriver, je n’en peux plus »

Comment peut-on se mettre dans cet état psychologique alors qu’il me reste moins de 30km et encore plusieurs heures de marge si je veux passer sous mon objectif … Cela restera un mystère !

Je suis dans le col du Tanneron, l’ultime difficulté avant de basculer dans la longue descente plongeant vers la mer et vers la ligne d’arrivée de Mandelieu.

Mon pote Ulysse me passe un dernier coup de téléphone « Putain mec c’est énorme ce que tu as fait ! »

Je raccroche après plusieurs minutes de déconnade, juste avant d’attaquer la descente.

Aux environs de 15h j’aperçois l’arche d’arrivée à l’angle d’un virage.

Mon Loulou et ma Karen m’y attendent.

Je franchirai la ligne avec mon petit Louis aux bras

Résultat Final :

7jrs 10h59’  (objectif sub 8 jours atteint)

23ème

Merci encore à tous pour votre soutien et vos messages tout au long de cette aventure.

Un merveilleux souvenir qui mêle dépassement de soi, rencontres et introspections

Finisher de la RAF 2 500km pour la seconde fois (mais chaque course est bien unique)

4 commentaires sur « RACE ACROSS FRANCE 2500km (Edition 2023) »

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